par Yves Prouet

Sur la Ville, d’où les désirs flamboient,

Règnent, sans qu’on les voie,

Mais évidentes, les idées.

Emile VERHAEREN       » Les villes tentaculaires «  

Aujourd’hui, la moitié de la population mondiale vit dans les villes. En 2050, ce sera 70%. Les grandes mégapoles se développent sur tous les continents. Chongking, la ville la plus peuplée de Chine, dépasse 25 millions d’habitants et beaucoup d’autres comme Pékin ou Shanghai atteignent 20 millions.

Quel sera le devenir de ces villes-monde ?

Des cités démesurées dominées par une caste de possédants murés dans leurs quartiers protégés (Gated Communities) avec une masse de déshérités croupissant à la périphérie dans des quartiers délabrés ? Ou au contraire des cités à la Fourier où travail et loisir alterneront harmonieusement avec un habitat fonctionnel pour des citoyens participant à la vie publique. Villes de solitude et de violence ou « cités radieuses » de réseaux citoyens ?

La réflexion sur les « villes intelligentes » (Smart cities) naît de ces interrogations.

La ville intelligente utilise les techniques de l’information et de la communication (T.I.C.) pour améliorer la qualité des services urbains et réduire les coûts. Elle utilise les données électroniques recueillies par un réseau de capteurs pour gérer de façon optimale circulation, transports, réseaux d’approvisionnement en énergie, en eau, gestion des déchets.

L’objectif n’est pas seulement économique. Au-delà de l’économie intelligente on vise aussi des objectifs environnementaux, urbanistiques, citoyens et tout simplement humains. La troisième révolution scientifique bouleversera nos modes de vie et nos pratique politiques.

Sans tomber dans l’enthousiasme naïf du technophile acharné ni dans le refus amer des villes du technophobe anxieux, une réflexion s’impose sur les enjeux et les limites de cette volonté de rationalisation.

Dans le sultanat d’Abu Dhabi, la smart city de Masdar est créée ex nihilo. Son objectif principal est de favoriser le développement des énergies renouvelables et de construire une cité aux performances énergétiques optimales. Le Masdar Institute est un centre d’enseignement et de recherche sur les énergies nouvelles. Le système de transport utilise des véhicules automatiques en service de 6h à 24h.

En Europe, des villes comme Amsterdam ou Barcelone sont à l’avant-garde de l’innovation et en France Paris et Lyon visent les mêmes objectifs.

Ceci dit, Les descriptions enthousiastes de ces cités du futur comportent leur part d’ombre. Une cité intelligente administrée par une autorité despotique pourrait très facilement aboutir à une société de contrôle invivable et totalitaire. La confusion des données privées et publiques, leur usage incontrôlé, le piratage des systèmes connectés, la possibilité d’une surveillance généralisée des habitants doivent nous inquiéter. A Singapour, ville-Etat à la gouvernance autoritaire, un portique de péage électronique repère tout véhicule entrant et lui facture son trajet. Bientôt chaque voiture pourra être suivie dans son déplacement par repérage G.P.S. Tout véhicule mal garé sera repéré, de même que son conducteur, s’il s’avise d’allumer une cigarette dans une zone non-fumeur ! On peut aussi repérer le quidam qui balance ses mégots par le balcon et le verbaliser…

Des intérêts économiques considérables sont liés à la constitution de ces villes intelligentes mais les questions décisives sont politiques :

En quoi ces villes favoriseront-elles la vie citoyenne et la participation aux décisions ?

Comment assureront-elles la cohésion sociale, les rapports entre les divers groupes ?

Comment remédieront-elles à la gentrification ou à la ghettoïsation ?

Sans réflexion prospective, sans appel à l’intelligence collective et à la participation des citoyens, nous risquons de connaître quelques déconvenues…

Y.P.

Smart City Edito

La rédaction

Ma consultation E-santé

Jean Paul Briand

Notes de lecture

Philippe Rabier
Share This