Réponse sociétale aux violences sexistes

Violences sexistes : vers la conscience de tous
pour une réponse sociétale

par Pascale Rossler

Le 14 février fête l’Amour. L’actualité affiche le divorce entre masculin et fémininUne femme accuse un responsable public de viol. La presse dénonce ce « crime »Lui, cet acte, il le considère, semble-t-il sincèrement, comme « consenti »Elle, décrit une relation « sans violence », « passive » et « non désirée »Il n’est pas toujours simple de savoir où est la frontière entre la séduction, la drague « lourde », le harcèlement, l’agression, le viol.

S’en tenir au factuel ne suffit pas toujours à cerner ce qui est vécu

Des faits objectifs ne signifient pas nécessairement que les personnes en présence vivent la même expérience ! Il existe une part subjective dans l’interprétation de chacun et surtout dans l’intention des actes… Un même compliment peut être gratuit ou clairement mal intentionné. Or, l’intention se manifeste essentiellement dans le non-verbal, 88% d’un message… Alors, entre l’inélégant, le moralement inacceptable et le juridiquement condamnable, la frontière est parfois ténue. Dans cette « zone grise » existent des situations que nombre de femmes acceptent par conditionnement social, éducatif,… Une personne peu sûre d’elle-même, dans le cadre d’un enjeu professionnel, sera parfois disposée à répondre favorablement à ce qu’on attend d’elle. Pour peu que dans son éducation s’affirmer et dire « non » n’étaient pas appréciés, que sa solidité intérieure soit relative, il y a de bonnes chances qu’elle soit une victime potentielle parfaite. Peut-être acceptera-t-elle un rapport « sans violence, passif et non désiré ». Elle pourra le ressentir par la suite, au plus profond de sa chair, comme un viol. S’en tenir au factuel ne suffit pas toujours à cerner ce qui est vécu et ressenti.

La société ne formate-t-elle pas les femmes ?

La société ne formate-t-elle pas les femmes à se conformer à ce qu’elles croient qu’on attend d’elles ? A subir comme normale ces plaisanteries sexistes quotidiennes, sorte de codes encore socialement trop autorisés ? J’ai tant vu de « petites abeilles » tourner autour d’hommes politiques, espérant attirer leur regard, ou davantage, en échange du simple espoir de la reconnaissance d’un homme de pouvoir. Il est donc des cas incertains où la responsabilité peut se poser pour l’homme évidemment mais aussi pour la femme. Il n’est pas question des viols caractérisés, qui annihilent des dizaines de milliers de femmes subissant chaque année ces atrocités, mais de tous les cas où lambiguïté existe. Il s’agit de ces « affaires » médiatiques, débats et autres sites internet qui permettent aux femmes de dénoncer des abus et invitent certains hommes, aux comportements douteux, à faire leur examen de conscience…

Il est possible de dire non

Se pose la question sociétale du conformisme de chacun, hommes ET femmes, à cette culture machisante dominante, autorisée par beaucoup, plus ou moins en conscience. Quelle est donc la responsabilité de ces femmes qui ne peuvent ou ne savent pas dire non ? On dénonce la toute puissance de l’homme et la victimisation des femmes sous un angle unique, bien que légitime. Mais est-il le seul ? Où est la puissance personnelle de chacun ? De ces femmes qui pensent non et dont le corps ne dit pas non ? Qui ne sentent même pas leur absence d’élan, car leur mental prend le dessus

et leur dicte, sans conscience, de laisser leur corps dire un « oui » pseudo-valorisant, normal… « Faire plaisir », « ne pas oser », « c’est à la femme de prendre sur elle » témoignent les jeunes femmes dans le film « Sexe Sans Consentement ». Où est donc cette guidance intime, intuition, force des femmes ? Enterrée sous les couches des images avilissantes quotidiennes de la femme objet, toujours plus parfaite et conforme aux fantasmes masculins ? Enfouie sous les conditionnements sociétaux admis, inconsciemment consensuels, les strates fossilisées, tant et si bien que ces femmes n’auraient jamais osé sentir leur envie de crier « non » s’il n’y avait pas eu les déballages et débats récents ? S’ils ont un mérite, c’est d’avoir ouvert la case auprès des femmes à qui la vie n’a pas appris qu’« il est possible de dire non ».

 Défouler l’émotion retenue

Lorsque la conscience que ces « autorisations » ont été données se réveille, la colère rôde, sourd, jaillit, explose parfois, et les geysers de féministes haineuses, dont l’héritage familial est peut être chargé de cette abdication depuis des générations, vomissent leur dégoût, leur indignation, leur rejet. Quoi de plus normal, de plus sain même, peut-être ? Après un extrême, le psychisme, qui a ravalé, ne sait faire l’économie de défouler l’émotion retenue en passant par l’autre extrême, avant de trouver, après l’accueil de la douleur, sa reconnaissance, l’acceptation, le pardon, et un jour peut-être, le juste milieu… S’enkyster dans un repli, rester une victime afin de ne pas renier les abus qui ont existé, c’est perpétuer le divorce, fermer le chemin de la résilience et nier la nature profonde de la complémentarité homme-femme.

Nous libérer d’un long héritage

Les débats actuels remuent en profondeur nombre d’hommes et de femmes. Admettre en conscience que des comportements litigieux masculins ne doivent plus être acceptés, oblige les femmes à convenir qu’elles ont parfois donné, sans s’en rendre compte, l’autorisation de subir ces actes dévalorisants. Dans ce chemin de conscience amorcé collectivement, dont j’espère qu’il mène au pardon et à la réconciliation, nous sommes tous un peu responsables et victimes de ce système, là où il en est. Chacun peut grandir et nous pouvons nous libérer d’un long héritage, réparer bien des douleurs, en cette période de vérité. Encore faut-il traverser, en conscience, avec courage, compassion, envers l’autre comme envers soi. Pardonner, avec toutes les étapes que cela implique. À l’autre et à soi.

Cette éducation à la connaissance, l’affirmation et la confiance en soi, le déni de sa responsabilité sont les vrais sujets qu’il convient de poser derrière ces « affaires » pour les hommes comme pour les femmes afin de rééquilibrer masculin et féminin en chacun de nous.

Etymologiquement « responsabilité » signifie « avoir la réponse ». Notre société avance. Ne restons pas dans le déni. Apportons chacun notre part de réponse.

1 Commentaire

  1. Yvonne Daroussin

    merci Pascale. Oui l’éducation … à la connaissance soi, de nos émotions, nos besoins…. et l’avantage c’est que cela résoudra bien d’autres violences et inégalités… et qu’est-ce qu’on attends pour établir cette éducation émotionnelle dans toutes nos écoles? à commencer par L’ENA…

    Réponse

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