Ode candide à la gratuité   

par Aurore Pondeville

 

La gratuité permet-elle de rétablir une certaine équité, d’aller vers plus d’égalité ; et par là-même, peut-elle entraîner plus de fraternité ?

Cette question cruciale peut se poser dans le cadre d’une réflexion sur les conséquences de l’instauration de la gratuité. On peut éventuellement tourner cela autrement : la gratuité permet-elle d’aller vers plus d’égalité ou d’établir une certaine équité ?

Egalité, équité

On utilise, souvent de façon générique et donc indistincte, les termes « égalité et équité » au point de ne plus savoir réellement ce que recouvre l’équité. Revenons brièvement aux bases. L’égalité signifie que tout un chacun a les mêmes droits, les mêmes forces, les mêmes qualités, les mêmes chances. Ceci peu importe qui il est et ce qu’il est. Chacun se retrouve donc au même niveau. L’équité, quant à elle, se définit de façon plus nébuleuse, plus abstraite. Néanmoins, elle fait aussi appel, dans l’esprit, à la notion de justice et induit plus l’idée d’un équilibre.

Gratuité relative et gratuité absolue

Dans l’étude de la gratuité, ce concept s’entrecroise de nouveau et sans cesse avec la notion d’équité. Cela dépend du type de gratuité considéré.

  • La gratuité relative, soumise à certaines clauses, permet de tendre vers l’égalité, par le biais du rétablissement conditionnel d’un certain équilibre entre les personnes « qui ont des moyens de » et celles qui ne les ont pas. Cependant, l’égalité ne sera pas intégralement respectée. Seules certaines personnes pourront bénéficier de cette gratuité et d’autres, ne remplissant pas les dispositions nécessaires, n’y auront pas droit, alors qu’elles n’ont peut-être pas « les moyens de » ou « les mêmes moyens ». Cette logique critiquable peut parfois se retrouver dans les cas d’accès aux transports.
  • Dans le cas d’une gratuité absolue, tout le monde a accès au service, au bien gratuitement, sans condition de ressources ou de moyens.  Dans ce cas, chacun est sur un même pied d’égalité. L’égalité via la gratuité d’un bien ou d’un service ne permet que de faire pencher la balance vers plus d’équité, sans aller pour autant jusqu’à un équilibre accompli et encore moins vers une égalité globale ; elle ne permet que de tendre vers.

En finir avec les étiquettes stigmatisantes

Dans un monde où les inégalités, notamment pécuniaires, s’accroissent, où les fractures sociales se creusent, où il y a de plus en plus de très riches et de plus en plus de très pauvres ; dans un monde où l’argent est la pierre angulaire de tout, l’économie d’un pays, les guerres, la destruction de l’environnement, de la nature, des animaux ; bref, dans tous les rapports existants, ou presque, la gratuité a sans doute un rôle déterminant à jouer. Elle permettrait, peut-être, d’en finir avec les étiquettes stigmatisantes et clivantes « d’assistés » ou « de salauds de riches » et de ne plus être rejetés ou pointés du doigt lorsque l’on n’a pas « les moyens de » ou, à l’inverse, quand on a « les moyens de ».

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Réduire en partie la frustration et la violence

La gratuité permettrait de réduire en partie la frustration et la violence des uns envers les autres par envie, par colère, par jalousie, par sentiment d’injustice. Ainsi, elle deviendrait le moyen de rétablir une certaine équité et donc de tendre vers l’égalité. Elle rendrait possible d’aller vers plus de fraternité en donnant plus de possibilité de liberté de « pouvoir faire ». Dans un monde où l’argent instaure des différences et des frontières, la gratuité limiterait ces anomalies choquantes, injustes et destructrices.

Aller vers plus de fraternité

Mon raisonnement peut paraître naïf, voire absurde :

La gratuité modifie le regard sur la valeur des choses et sur soi-même, relativisant la valeur pécuniaire. Grâce à la gratuité, le mal-être généré par les disparités et les exclusions, que l’argent entraîne dans la société, ne pourrait plus être instrumentalisé. Les doctrines haineuses, les discours diviseurs, construits sur le pouvoir de l’argent, seraient sans fondement et ne pourraient plus pousser à des agissements extrémistes. La gratuité pourrait ainsi permettre de rétablir une certaine équité dans l’accès égal aux choses de la vie, encouragerait l’abandon des haines de classes et donc d’aller vers plus de fraternité. Ainsi, pour exemple, il a été constaté une baisse notable voire une disparition totale des incivilités et des détériorations du matériel dans certaines villes où la gratuité des transports a été mise en oeuvre.

La gratuité mérite d’être étudiée

La gratuité ne résoudrait pas à elle seule les problèmes de notre société, elle pourrait néanmoins être un des éléments majeurs pouvant y participer. La gratuité mérite d’être étudiée plus attentivement et sérieusement pour le bien de la collectivité.

AP

1 L’avis de l’Assemblée Citoyenne organisée par CiTlab le week-end du 17 et 18 Mars sur la question de la gratuité dans les transports en commun dans la Métropole d’Orléans : http://citoyen-orleans-metropole.fr/index.php/orleans-metropole-avis-citoyen-citlab-gratuite-des-transports/

2 Pour le cas de la Ville de Dunkerque qui a connu une baisse de 59% des incivilités depuis la mise en place de la gratuité des bus, cf la page Facebook du groupe public Démocratie Citoyenne Orléans Métropole : https://www.facebook.com/groups/387636091652920/ – video postée le 17 Mars 2018, voir à 2’05

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