Ce matin, vers 8h30, je reçois un message sur mon smartphone, relayé sur l’écran de mon téléviseur. C’est la maison de santé du centre municipal de E-santé auquel je suis rattaché : « Cher Monsieur,  comme prévu au cours de notre dernier entretien, nous vous proposons un nouveau rendez-vous de consultation. En tenant compte de vos disponibilités sur votre agenda connecté, trois possibilités vous sont proposées : Aujourd’hui à 15 heures, demain à 9h30 ou jeudi en huit à 9h30. Merci pour votre réponse par retour de message. Bien cordialement ».

La E-santé utilise les TIC pour couvrir
tout le champ de la santé

Depuis ma retraite et suite à une alerte cardiaque, j’étais inscrit au centre de santé de mon quartier. L’inscription n’est pas obligatoire mais fortement encouragée d’autant qu’elle permet une prise en charge régulière, complète et surtout gratuite. Cette structure est intégrée au système de E-santé connecté, créé au sein de la métropole en 2022 afin de lutter contre la désertification médicale. La E-santé utilise les technologies numériques de l’information et de la communication (TIC) pour couvrir tout le champ de la santé, de l’hygiène et du bien être, en liaison avec de nombreux acteurs : professionnels de santé et sociaux, associations et établissements de santé et médicosociaux privés et publiques, agence régionale de santé, sécurité sociale, assureurs et mutuelles. Elle mobilise des technologies numériques très variées : logiciels, objets communicants, dispositifs médicaux, systèmes experts et d’information partagés, appareils de visioconférence installés aux domiciles des patients, dans les établissements de santé ou médico-sociaux et chez les professionnels de santé.

La E-santé recueille, centralise et analyse toutes les données fournies par les multiples capteurs répartis sur le territoire et chez l’habitant

Le centre de E-santé pilote et coordonne aussi bien le soin, l’assistance à domicile, la lutte contre la dépendance, la prévention, l’information sanitaire, l’éducation thérapeutique et la promotion de la santé. La télétransmission n’ayant pas apporté les services attendus, était désormais utilisée que pour les détenus du centre pénitencier. Dans le cadre de la vigilance sanitaire, de la surveillance épidémiologique et des nuisances environnementales, la E-santé recueille, centralise et analyse toutes les données fournies par les multiples capteurs répartis sur son territoire et chez l’habitant. La gestion et le partage des données interviennent en appui du diagnostic ou du suivi des soins à domicile et à distance pour les maladies chroniques. Ceci permet, assure-t-on, une sensibilisation plus efficiente aux facteurs de risque (tabagisme, consommation d’alcool, alimentation et sédentarité) car ciblée et personnalisée.

Une étude de surveillance cardiaque par implantation sous-cutanée d’une puce était en cours

Dès mon inscription, on m’avait remis un bracelet qui surveille en continu mon rythme cardiaque, ma tension artérielle, mes temps de veille et de sommeil. Il signale, par une légère vibration, mes heures de prises médicamenteuses. Une étude de surveillance cardiaque par implantation sous-cutanée d’une puce Radio Fréquence Identification (RFID), couplée aux  bracelets connectés, était en cours. Compte tenu de mes troubles du rythmes cardiaques, on m’avait proposé d’y participer. J’avais refusé. Par ailleurs, le centre de E-santé m’avait prêté un pèse-personne et un vélo d’appartement connectés. Enfin, le centre E-santé avait organisé le portage de mes repas afin de me faire bénéficier de menus appropriés à mon état de santé et mon âge. J’avais pu néanmoins me soustraire à la visite régulière d’un moniteur de gymnastique adaptée. Tous les mois, j’aurais dû me rendre en consultation au centre médical. Après une longue et délicate négociation j’avais obtenu, à titre dérogatoire et temporaire, que la périodicité passe à trois mois.

Il était prévu que les consultations soient effectuées par un robot aux algorithmes infaillibles

Suite au message, j’acceptais immédiatement le rendez-vous du jour, sachant qu’en l’absence de réponse rapide de ma part, j’allais subir un message de rappel toutes les deux heures avec éventuellement la visite d’un travailleur social, si mon silence se poursuivait.

A 14h45, le véhicule électrique sans chauffeur de la maison de E-santé se gara devant mon domicile. C’était prévu et habituel. Afin de m’annoncer son arrivée, simultanément un signal sonore se fit entendre sur mon smartphone accompagné d’un message sur mon poste de télévision. Deux autres personnes étaient déjà installées dans la voiture autonome pour la même destination. Le trajet, de quelques minutes, se passa sans encombre, agrémenté par la musique d’ambiance et les quelques propos convenus, échangés entre passagers.

Après 10 minutes en salle d’attente, j’entrais dans le cabinet médical. Les entretiens se passaient encore avec un professionnel de santé. Il était prévu que les consultations soient effectuées par un robot aux algorithmes infaillibles.

« Monsieur, d’après votre bracelet connecté vos variables physiologiques sont bonnes. Néanmoins, votre pèse-personne annonce une prise de poids de près de deux kilos sur le dernier trimestre et votre poubelle dédiée au verre semble démontrer qu’il y a eu une consommation d’alcool plus importante… Malgré les recommandations, les capteurs de votre vélo dévoilent que vous l’utilisez trop rarement. Moins de 30 kilomètres, en trois mois, ce n’est pas assez. ».

Le temps risque de paraître beaucoup plus long

Le vélo me rebute. Durant les dernières semaines, plusieurs bons vieux copains sont passés à la maison. Nous avons vidé quelques bonnes bouteilles accompagnées de charcuteries. Heureusement qu’il n’y a pas eu de prise de sang. La prochaine fois, les amis ramèneront chez eux les cadavres…

« Monsieur, nous vous convoquerons dans six semaines. Une prise de sang sera programmée. Je vais demander que la structure de portage de repas vous propose des menus allégés afin de perdre votre surpoids. Un coach gym va venir deux fois par semaine vous faire pratiquer des exercices appropriés à votre cas. De votre côté, j’espère que vous allez faire un effort. Je ne suis pas certain que le robot qui doit me remplacer dans quelques temps soit aussi compréhensif… ».

Même pour mon bien, j’accepte de moins en moins cette inquisition médicale.

Avec tous leurs capteurs, leurs conseils et cette surveillance, je ne sais pas si la E-santé va me permettre de vivre plus vieux, mais le temps risque de paraître beaucoup plus long…

Jean Paul Briand  (avril 2019)

Smart City Edito

La rédaction

Ma consultation E-santé

Jean Paul Briand

Notes de lecture

Philippe Rabier
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