par Jacques Boulnois   

Orléans le 20 mai 2019

La collecte d’informations est de tout temps un moyen de changer son rapport à l’environnement pour mieux s’y installer. Il s’agit donc, par cette collecte, d’augmenter sa capacité à transformer son environnement pour capter le plus possible d’énergie et de matière.

L’humanité, en plus de capter beaucoup d’informations, parvient à se construire un univers culturel grâce à la mémorisation de ces informations. Ainsi sa puissance, au regard des autres êtres vivants (flore comprise), n’en est que renforcée. Seuls quelques organismes à forte capacité de renouvellement génétique* peuvent rivaliser.

Pour renforcer son implantation dans l’environnement, l’emprise de l’homme sur ce dernier n’est que plus intense et ne cesse d’accélérer avec l’accumulation augmentée d’informations et sa capacité à transformer la matière** et l’énergie.

Pour croître, il faut maximiser la dissipation d’énergie, or plus la dissipation est grande plus nous accentuons l’entropie, grandeur permettant entre autre d’évaluer la dégradation de l’énergie***.

Par exemple et à deux échelles différentes, l’énergie dissipée par le soleil dans l’univers est impossible à reconcentrer et la poussière de métal émise par vos plaquettes de freins est impossible à rassembler !

Une forte Entropie correspond donc à la dispersion d’énergie et de matière dont la récupération, le recyclage ou le rassemblement est rendu impossible. L’absence d’entropie reviendrait à une récupération à 100% de l’énergie ou de la matière utilisée, ce qui n’existe pas.

Concernant l’information, Claude Shannon**** énonce que plus l’entropie d’un système est élevée, plus il faut d’informations pour maintenir son état. Il y a donc un rapport entre la dissipation d’énergie (augmentation de l’entropie) et la quantité d’informations émise. On comprend qu’une information unique est simple à assimiler et sa répétition prévisible à 100%, l’entropie est alors nulle ou faible.

Au delà de deux informations différentes, il y a incertitude. Pour la lever, il faut en préciser le “message“ par une multitude d’informations complémentaires. Cela signifie alors plus de capteurs, de signaux, de calculs et en conséquence une forte entropie.

La ville intelligente est proposée comme devant être gouvernée par des systèmes numériques captant beaucoup d’informations pour les traiter et les transformer avant de les diffuser.

Premier écueil, nous noterons qu’il est considéré que l’informatique serait l’intelligence ! Hors l’histoire des villes démontre que depuis sa sédentarisation de l’homme son intelligence est à l’oeuvre, mais sans informatique ! Ne citons comme exemple que les ventilations naturelles du vieux Tripoli.

 

 

Le second écueil, dans les Smart City, tient précisément à la généralisation de la captation de l’information, de son traitement et de sa diffusion concernant toutes les relations humaines et entités de la ville et tout cela en hyper-vitesse !

Il s’agit bien pour chaque individu ou service d’augmenter, en profitant de ce traitement conséquent et instantané de l’information, son emprise sur telle ou telle partie de l’urbain, de la nature ou sur des individus et cela même si cela est au détriment d’un autre individu ou service qui devra alors pour “survivre“ augmenter son emprise par plus de captation d’information et de traitement et ainsi de suite.

Avec les Smart City, nous sommes bien en face d’une augmentation très forte de l’entropie, d’abord par les innombrables “objets“ électroniques nécessaires à tout cela et dont on sait qu’ils sont fortement consommateurs d’énergie et de matière, ensuite, par un besoin exponentiel d’information, celles-ci s’avérant finalement toujours insuffisantes. Et comme nous l’avons vu, plus il y a captation d’informations plus il faut les traiter, les confirmer, les préciser…

Exemple récent (2 février 2019) : Un épisode neigeux sur les Terres Froides en Isère pourtant parfaitement annoncé par les ingénieurs de deux services météorologiques n’a pas conduit à la fermeture de l’autoroute A48 ou au déneigement à temps du col de Rossatière. En cause, les données issues de caméras interprétées par intelligence artificielle qui positionnées à faible altitude de part et d’autre des Terres Froides ne décryptaient pas de situation critique puisqu’il pleuvait encore à cette altitude ! Les données étaient donc incomplètes… La solution proposée est de rajouter des caméras, donc de l’information, donc de l’entropie !

En conséquence et par définition physique, une Smart City ne peut pas être une ville durable puisque qu’elle augmente l’entropie et en aucun cas ne la réduit, les services ou facilités proposés ne conduisant qu’à augmenter les consommations d’usages, d’espaces, de temps et la concurrence entre les système et les personnes.

En cascade, l’énergie, les matières premières, les biotopes, le temps, etc. n’en sont consommés que plus rapidement et quasi systématiquement de manière désordonnée, ajoutant à l’entropie du système ou pourrait-on dire de l’humanité.

* Bactéries, virus, cellule unicellulaire, …

** Les incroyables moyens techniques et énergétiques pour extraire des métaux rares entrant dans chaque objet numérique en sont une preuve. A propos, lire Guillaume Pitron : “La guerre des métaux rares : La face cachée de la transition énergétique et numérique“

***François Roddier Astrophysicien, l’explique dans son ouvrage, “Thermodynamique de l’évolution“

**** Claude Shannon. Ingénieur en génie électrique et mathématicien américain, il est l’un des pères, si ce n’est le fondateur, de la théorie de l’information

Smart city 

E-mag N°10

CITLAB

Smart City Edito

La rédaction

Ma consultation E-santé

Jean Paul Briand

Notes de lecture

Philippe Rabier
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