Faut il cataloguer la gratuité dans un champ politique, voire politicien et partisan ?

La gratuité peut-elle raisonnablement être considérée d’une couleur politique plus que d’une autre ? Plus de gauche que de droite ? Ces questions sur la gratuité me sont venues suite aux travaux menés avec le collectif CiTLab sur la gratuité des transports publics.

La recherche de l’intérêt collectif

Mais qu’est que la gauche ? Parlons nous de la gauche représentée par les partis politiques dits de gauche, ou d’une ligne politique de gauche ?

Je m’attacherais plutôt à la ligne politique que je définirais ainsi : Etre de gauche c’est penser que l’intérêt collectif prime sur l’intérêt particulier (le sien également). Etre de gauche c’est penser que le bonheur collectif permettra le bonheur individuel et non l’inverse. Etre de gauche c’est parler plus d’équité que d’égalité, plus de solidarité que de charité, plus de respect et de dignité que de liberté.

Je suis néanmoins convaincu que les citoyennes et citoyens de gauche comme de droite, défendent, mais différemment, la recherche de l’intérêt collectif.

Pour celles et ceux qui croient encore que les clivages politiques sont inamovibles et tranchés, je souhaite remettre en cause ces certitudes souvent bien confortables intellectuellement.

Des exemples de gratuité

Arcachon (LR), Arras (UDI), Aubagne (LR), Boulogne Billancourt (LR),…Toutes des villes ont mis en place la gratuité totale ou partielle de leurs transports publics. Drancy (UDI) a instauré la gratuité de la cantine depuis 2007. En Suède ce système est généralisé dans tout le pays. La Finlande assure un logement pour tous (Logement d’abord) sans condition, remettant à plat son système de prise en charge. Ce dernier n’est plus basé sur la justification des besoins mais sur le droit fondamental au logement qui permet de se reconstruire et de se réinsérer. Grâce à la baisse des prises en charge d’urgence et des soins de santé, le coût final est deux fois moins cher pour l’État. La communauté d’agglomération des Lacs de l’Essonne (PG puis UMP) a décidé une politique de gratuité en matière d’eau. Chaque citoyen a droit quotidiennement à 3 litres d’eau gratuits, ceux nécessaires à l’hydratation et l’hygiène personnelle.

La gratuité est-elle une valeur de gauche ?   

par Philippe Rabier

La déclaration universelle des Droits de l’Homme de 1948

En France, d’autres gratuités existent et sont, pour le moment, acceptées par toutes et tous : La gratuité de l’école publique, de la santé, de l’accès à l’administration, de la justice, de la police et de l’armée. Cela nous vient notamment de la déclaration universelle des Droits de l’Homme de 1948 qui nous reconnaît des droits sociaux dans son article 25-1. Nous avons ainsi le droit à l’emploi, à la protection de la santé, à la gratuité de l’enseignement public, l’accès à la culture, à la sûreté, à l’égalité devant la loi et la justice. A ceux-ci s’ajoutent le droit au logement digne, à une alimentation suffisante, à l’habillement, à l’accès à l’eau, à l’électricité.

Des arguments de gauche ou de droite

Le principe général qui s’impose à tous est qu’il existe des droits sociaux qui doivent être garantis par l’État et qui, de fait, devraient être gratuits en cas de grande pauvreté. La seule question à débattre devrait être sur d’éventuelles conditions de ressources. Pourtant, beaucoup exigent aujourd’hui un coût minimum sous prétexte que ce qui n’a pas de coût, n’a pas de valeur… Vieux reliquat voulant que la charité se mérite. Concernant la gratuité, certains dénoncent pêlemêle une déresponsabilisation, l’assistanat, le « toujours les même qui payent », alors que  d’autres revendiquent des valeurs de partage, l’accès à une nouvelle liberté, à un meilleur vivre-ensemble. C’est dans ce débat que nous pouvons essayer d’y voir des arguments de gauche ou de droite. La frontière est souvent floue. Les hommes et les femmes qui portent ces arguments opposés sont mélangés politiquement.

Servir l’intérêt particulier et l’intérêt général en même temps

En fonction de l’intérêt collectif ou individuel la gratuité peut éventuellement être qualifiée de droite ou de gauche. Néanmoins ne peut-elle pas servir l’intérêt particulier et l’intérêt général en même temps et ne pourrait-elle pas coexister avec l’économie de marché ? L’accès à la connaissance via internet est gratuit et génère pourtant de formidables profits. Les organisations locales de trocs et d’échanges génèrent une activité économique démonétisée complémentaire des habitudes classiques de consommation.

Sortir des dogmatismes ringards

Je suis toujours étonné quand certains militants politiques assènent comme vérité que la gratuité de l’éducation serait un sujet uniquement porté par la gauche et la sécurité par la droite. Il faut sortir des dogmatismes ringards et apporter une vision neuve et moderne sur ces sujets. La gratuité ne fait pas exception. Le bénévolat, la mise en partage désintéressée ne sont plus de gauche ou de droite. J’y ai vu des hommes et des femmes intensément engagés de gauche comme de droite !

PR

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