Égalité hommes-femmes en Russie

Regard d’une jeune française revenant
d’un semestre d’études en Russie

Déclaration universelle des droits de l’homme, article premier : « Tous les êtres humains naissent libres et égaux en dignité et en droits. ». Cette déclaration ayant été ratifiée par la fédération de Russie, nous nous proposons d’analyser sa constitution.

Article 19, alinéa 3 : « L’homme et la femme ont des droits égaux, des libertés égales et des possibilités égales de les exercer. » [1] D’après cet extrait de loi, l’homme et la femme russe sont juridiquement égaux. Qu’en est-il dans les faits ?
Sur le plan culturel, la femme soviétique était perçue comme un modèle d’égalité homme-femme. La première femme cosmonaute de l’Histoire Valentina Tereshkova était d’ailleurs soviétique. L’instauration de la journée internationale de la femme le 8 mars fût l’œuvre de Lénine. Cette journée est même fériée en Russie.
Premièrement, sur les 12 775 personnes récompensées comme Héros de l’Union Soviétique, seules 95 furent des femmes. Deuxièmement, même si le récit de ces femmes est conté dans les écoles, les valeurs prônées par la société russe sont patriarcales. Par exemple, les russes se nomment communément par leur prénom et leur patronyme. Celui-ci est constitué du prénom du père suivi du suffixe « -a » pour les femmes. Un seul mot de genre masculin désigne un homme et une personne : человек. Enfin, la conception de la femme est revenue à celle de pilier de la famille. Les prévisions démographiques russes tendant à la baisse et le nombre de femmes étant bien supérieurs au nombre d’hommes, elles subissent une forte pression sociale pour enfanter.
Sur le plan familial donc, en plus de leurs obligations professionnelles, elles s’astreignent aux tâches domestiques. La contraception est accessible librement en pharmacie. L’avortement est autorisé jusqu’à 12 semaines de grossesse, 22 semaines dans certains cas. Il figure parmi les plus hauts taux au monde. L’âge moyen pour se marier se situe autour de 25 ans. Concernant les violences conjugales renforcées par l’alcoolisme ambiant, il est admis que peu de plaintes sont déposées et que 70% d’entre elles ne passent pas le seuil du tribunal. Pour « protéger la famille », les violences domestiques, ont été dépénalisées par la Douma en janvier 2017. La société russe est militarisée et plus violente qu’en France, du coup, la vision de la légitime défense, de l’épouse et de la mère diffère. Pour la plupart des femmes russes, une femme est battue par son époux parce qu’elle est une mauvaise mère et épouse [3].
Il existe environ 200 associations de défense des droits des femmes en Russie. Ce nombre est beaucoup plus important qu’il y a une vingtaine d’années. Les manifestations groupées sont interdites. Les seules revendications autorisées sont le port d’un panneau par une personne isolée. Pour que les femmes puissent s’exprimer, deux hashtags ont été créés sur Twitter : « Ce n’est pas ma faute », « Je n’ai pas peur de le dire ».

Côté représentations, le diktat de la beauté et de la maigreur est également de rigueur. La pratique du « nail art » est très largement répandu. Néanmoins, la femme la plus forte du monde est russe et s’appelle Natalia Kouznetsova [4]. Sur le plan vestimentaire, les femmes doivent se couvrir les cheveux en entrant dans des édifices religieux. Le foulard, autrefois porté par les femmes mariées, est aujourd’hui utilisé surtout pour se protéger du froid.Côté représentations, le diktat de la beauté et de la maigreur est également de rigueur. La pratique du « nail art » est très largement répandu. Néanmoins, la femme la plus forte du monde est russe et s’appelle Natalia Kouznetsova [4]. Sur le plan vestimentaire, les femmes doivent se couvrir les cheveux en entrant dans des édifices religieux. Le foulard, autrefois porté par les femmes mariées, est aujourd’hui utilisé surtout pour se protéger du froid. Sur le plan professionnel, les femmes représentent en 2015, 46,9% de la population ayant un emploi et 45% des chômeurs.

On dénombre la plus grande proportion de femmes dans les domaines liés au service à la personne (85%). Elles représentent 22% des effectifs de l’industrie du bâtiment et 28% des effectifs en master d’électricité à l’université polytechnique de Tomsk, où j’ai étudié. Concernant les salaires, la loi impose l’égalité des salaires à travail égal. Cependant, le nombre de femmes accédant à des postes à responsabilité est faible. Nous retrouvons donc à peu près les mêmes schémas qu’en France mais de manière amplifiée. Par contre, les femmes peuvent prétendre à la retraite à 55 ans contre 60 pour les hommes. Il existe également des lois « protectrices » interdisant l’accès des femmes à 460 métiers depuis l’an 2000 [3]. Elles ne peuvent plus, par exemple, devenir charpentière ou conductrice de train [2]. Ces métiers sont jugés comme trop physiques et dangereux. L’accès au travail est plus difficile aux femmes diplômées dans des domaines techniques. Les femmes ayant un enfant de moins de 4 ans ne sont pas autorisées à travailler de nuit. Le congé maternité est payé par l’État et est de 140 jours, 70 avant et 70 après l’accouchement. Il peut être prolongé jusqu’à 194 jours [6]. Après l’âge d’un an et demi, le congé peut être prolongé mais le salaire versé diminue. Le père n’a pas d’obligation de congé parental et ceci handicape fortement les femmes dans leur recherche de travail. De manière générale, elles subissent un sexisme quant à leurs capacités. Une jeune active me racontait que son patron considérait son travail « pas mal pour une femme ».L’homme russe doit être fort, laisser sa place aux femmes dans les transports, payer la part de son invitée etc. D’ailleurs, un des motifs courants de divorce est l’impossibilité d’un homme à subvenir aux besoins matériels de sa famille. Sur le plan politique, même si Valentina Matvienko préside le Conseil de la Fédération comparable à notre Sénat et que Natalia Timakova est porte-parole du président, les femmes font guise d’exceptions : on en compte deux sur les quatre-vingts gouverneurs régionaux, elles sont trois ministres.   La société russe est, encore plus qu’en France, loin de l’égalité homme/femme pour des raisons juridiques et culturelles. J’ai rencontré des femmes souhaitant rejoindre l’Europe, pour justement, rejoindre une société plus égalitaire.

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