Égalité Femmes-Hommes, une révolution d’Olympe de Gouges à Marlène Schiappa

L’Histoire n’a jamais fait la part belle aux femmes, si ce n’est, justement, à celles qui ont, à chacune de leur époque, défrayé la chronique en faisant fi de la gent masculine et/ou sont montées au front contre les inégalités perpétrées depuis que le monde est monde. Xeus, Jupiter ou Dieu-même qui créa, en une seule fois, « mâle et femelle » (Genèse 1) ont fait porter à la femme tous les péchés du monde, pour une simple pomme ou la jarre de Pandore. Cela contrarie ceux qui voudraient encore stigmatiser les religions monothéistes. Même si certains peuples, comme les Vikings, réputés pour leur force virile au combat – qui leur était réservé – ont été un modèle de parité, et que ce sont toujours les pays du Nord qui en ont l’apanage, force est de constater qu’il a fallu attendre l’Europe des Lumières et surtout la Révolution Française pour que les lignes et les esprits bougent du côté de l’égalité homme-femme, ou l’inverse.

Avant-gardiste si l’on peut dire, Montesquieu précise (Lettres Persanes, 1721) « L’empire que nous (les hommes) avons sur elles est une véritable tyrannie, elles ne nous l’ont laissé prendre que parce qu’elles ont plus de douceur que nous et, par conséquent, plus d’humanité et de raison » en ajoutant « les forces seraient égales si l’éducation l’était aussi ».

Marie Gouzes, jeune fille modeste mariée à seize ans, déjà veuve et mère de deux enfants à 18 ans, « monte » à Paris à la fin du règne de Louis XV et y mène une vie libre. Elle fréquente un cercle d’écrivains et intellectuels et écrit elle-même des pièces de théâtre et des romans sous le nom d’Olympe de Gouges. Citoyenne engagée en 1789, elle réclame « l’égalité des droits sans distinction de sexe, de couleur ou de revenu », ainsi que le droit au divorce qui sera acquis 3 ans plus tard. Les femmes entrent dans les clubs révolutionnaires, en créent aussi et participent même, pour certaines, aux combats jusqu’à l’action punitive, telle Charlotte Corday. Olympe, militante au sein du Club des Jacobins, y réclame le droit de vote sans distinction de sexe et dénonce la peine de mort. Elle sera guillotinée le 3 novembre 1793 après avoir écrit à Marie-Antoinette dans sa « Déclaration des Droits de la femme et de la citoyenne » : « La femme a le droit de monter à l’échafaud, elle doit avoir également le droit de monter à la tribune »!

Après le règne de la Terreur, l’inégalité homme-femme devient officielle dans le Code Civil de Napoléon (1804) « la femme (…) est la propriété (de son mari) comme l’arbre fruitier est celle du jardinier ». Le divorce ? Il est supprimé en 1826. Il faudra attendre l’autre révolution de 1830 – Les Trois Glorieuses – pour que la femme réclame l’égalité juridique et l’éducation mais « la femme reste confinée au foyer » (Simone de Beauvoir, Le deuxième Sexe, 1949) selon le principe ancestral « le mari gouverne, la femme administre, les enfants obéissent ».
Les philosophes, les théologiens, les politiques, les écrivains-mêmes, s’en accommodent très bien. En pantalon, cigarette au bec, libres d’aimer, George Sand puis Colette défient la société engoncée dans ses corsets.
Ce n’est qu’au début du XX siècle que le droit de vote est accordé aux femmes néo-zélandaises et australiennes, avant les pays d’Europe du Nord et les Etats-Unis – les suffragettes – et avec certaines réserves, d’âge, de statut, de niveau d’études. La France est en peloton de queue. Alors que trois femmes avaient été nommées « sous »-secrétaires d’état sous le Front Populaire sans être élues, le 29 avril 1945, le droit de vote est donné aux Françaises. En 1946, il n’y a que 6,8 % de femmes députées et à peine 4% en 1968 !
Ce n’est qu’en 1975 que l’ONU publie la « Convention sur l’élimination de toutes les formes de discrimination à l’égard des femmes » qui sera adoptée en 1979 et ratifiée par 189 états en 2015 ! Chaque état signataire pourra « émettre des réserves liées à ses traditions, religions ou culture ».Tout ça pour ça !
En 2016, les écarts recommencent à se creuser. Le rapport du World Economic Forum (1er novembre 2017 – 144 pays) indique que les inégalités vont mettre 100 ans à se résorber !
Toutefois, suite à la loi de 2000 sur la parité en politique, la France tient bon en 2ème place derrière la Suède, avec le nombre de femmes ministres depuis 5 ans, surtout dans le dernier gouvernement/ Néanmoins, les femmes sont moins de 40 % à l’Assemblée nationale, soit au 16ème rang mondial – bien mieux par rapport au 84ème rang 10 ans auparavant – et quand même au 4ème rang européen. La Suède est toujours en tête. En France, les conseils départementaux sont les plus féminisés avec près de 50 %, voire plus (en Martinique).

 

Restent les inégalités de salaires et de postes à responsabilité bien que près de 60 % des diplômés de l’enseignement supérieur soient des diplômées. Idem dans le monde des Arts et Lettres où les femmes sont sous représentées. On sait que les femmes gagnent toujours 25% de moins que les hommes en moyenne ! Un modèle à suivre : Le 1er janvier 2018, l’Irlande a voté la loi sur la parité salariale qui oblige les entreprises d’être certifiées « égalité femmes-hommes »….

Le XX siècle est toutefois marqué par des femmes politiques d’influence, à commencer par Margaret Thatcher. Cette anti-féministe – « c’est un poison » disait-elle – a été la seule femme à avoir été 1er ministre du Royaume-Uni (1979 -1990) et surtout la première femme dirigeante en Europe. Elle affirmait « En politique, si vous voulez que quelque chose soit dit, demandez à un homme. Si vous voulez que quelque chose soit fait, demandez à une femme ».

A l’instar de Françoise Giroud, féministe pure et dure, née dans une famille aux origines russe et turque, résistante arrêtée en 1943, qui déclarait le 11 mars 1983 : « La femme serait vraiment l’égale de l’homme le jour où, à un poste important, on désignerait une femme incompétente ». Sous Giscard, elle fait adopter cent mesures pour les femmes, pratiquement toutes appliquées sauf pour l’égalité des salaires.

Martine Aubry, Maire de Lille, candidate à la Présidence de la République en 2012, déclarait que l’une de ses premières lois serait la parité en général et l’égalité des salaires en particulier. Les entreprises devraient conclure des accords supprimant les écarts de rémunération entre femmes et hommes dans un délai de trois ans, sous peine de perdre les aides publiques et les exonérations de charges sociales. « Je veux parler de la place des femmes dans notre société, dans l’entreprise, des violences qui leur sont faites, de leurs droits propres… » Elle voulait aussi un gouvernement composé à égalité de femmes et d’hommes.

Dans le monde, c’est une française, Christine Lagarde qui, grâce à son autorité naturelle, son intelligence et son efficacité, fut la première à se hisser au sommet de l’une des institutions qui contrôlent la planète, le FMI. Un magazine américain la comparait il y a peu à Margaret Thatcher, en la surnommant « la dame de fer de l’économie globale » Elle est néanmoins une « femme comme les autres » confrontée à un milieu très masculin. Dans une interview accordée au journal Le Monde le 28 janvier, elle appelle à poursuivre le mouvement Metoo contre le harcèlement sexuel et reconnaît faire face « au regard condescendant » de certains hommes dans le cadre de ses fonctions.

Sans omettre de nombreuses élues qui ont fait avancer les débats ces dernières décennies, sans oublier Simone Veil qui sera bientôt la cinquième « panthéonisée », il apparaît, dans le contexte présent, intéressant de terminer cet article par une focale sur l’actuelle secrétaire d’État en charge de l’égalité entre les femmes et les hommes, Marlène Schiappa. Ultra féministe, « Femme de com et de réseaux, cette personnalité emblématique de la « génération Macron » a puisé dans son adolescence la force de son engagement » – Le Parisien Week End (21 février 2018). Son blog « Maman travaille » fait le buzz sur la toile ! En plus de sa position ferme et sans appel sur la toute récente « affaire Jeanne d’Arc », rappelons ses paroles lors de ses vœux 2018 : « toutes mes pensées vont vers les femmes qui vivent des violences et n’ont pas la possibilité, les soutiens pour en sortir ».

Lors du colloque organisé les 19 et 20 janvier 2018 par Ouest-France « Vivre ensemble, les Assises Nationales de la Citoyenneté » dans le Couvent des Jacobins, à Rennes, à la question posée : « Mais quel vivre ensemble aujourd’hui existe-t-il entre les femmes et les hommes ? Marlène Schiappa répond : « Toutes les lois françaises prévoient l’égalité totale et absolue des citoyens, mais dans les faits, il n’y a pas d’égalité entre femmes et hommes /…/ Une situation contre laquelle l’Etat se doit d’agir mais aussi chaque citoyen /…/ Il ne faut rien laisser passer dès lors qu’il y a une inégalité entre une femme et un homme, il faut intervenir. C’est un combat culturel, qui se mène avec la loi et sur le terrain ».

Le combat continue donc … Un siècle ou pas ?

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