Comment piloter une croissance verte ?

 Il n’est plus à prouver, sauf aux climato-sceptiques, que le réchauffement climatique, l’extinction massive de la biodiversité, l’occupation envahissante des sols et l’épuisement des ressources, les pollutions chimiques, et autres bouleversements planétaires sont les présages d’un avenir bien sombre.

De nombreux collapsologues comme Pablo Servigne, Vincent Mignerot, Aurélien Barrau ou Raphaël Stevens prédisent, à travers différentes grilles de lecture et scenarii dignes de films de sciences fiction épouvantables, une montée insupportable des températures terrestres accompagnée de grandes sécheresses, famines, guérillas, mouvements de population, d’une sixième extinction de masse…

Parallèlement, des militants écologistes ont démontré qu’il était possible d’agir pour une véritable transition.  Ils ont axé leurs recherches sur les énergies vertes, la décroissance ou la frugalité pour économiser les ressources, la solidarité entre hémisphères Sud et Nord, le développement durable, et autres solutions possibles conformes aux recommandations du GIEC (Groupe d’experts inter-gouvernemental sur l’évolution du climat) par exemple. Cyril Dion, Nicolat Hulot, Bill Mollison et David Holmgren pour la permaculture, René Dumont, Hubert Reeves, Paul Watson, Serge Moscovici, et bien d’autres personnalités plus ou moins connues œuvrent pour faire connaître des actions positives pour la survie de l’environnement, de l’humain et des espèces.

Toutes ces actions sont déjà appliquées à différentes échelles un peu partout sur le globe et continuent de se développer. Mais il semble qu’elles ne font que s’ajouter à la surconsommation galopante sans la freiner. En effet, aujourd’hui, nous consommons en six mois ce que produit la terre en un an, et chaque année les ressources diminuent.

Malheureusement, jusqu’à présent, non seulement le développement des énergies vertes ne ralentit aucunement l’énorme consommation des énergies fossiles, mais elles sont aussi utilisées pour optimiser l’extraction de ces énergies super-carbonées devenue difficile.

D’autre part, le niveau de vie des pays les plus pollueurs ne semble pas négociable sans la menace de soulèvements populaires. Et les grandes puissances mondiales comme les Etats-Unis et la Chine ne cessent de « tirer sur la couverture » de la croissance des PIB. Aucun état n’est capable d’appliquer les consignes de la Cop 21 et des suivantes.

On peut donc craindre que le levier politique ne soit pas utilisé. Il a pourtant œuvré très efficacement en période de confinement général au début de la crise sanitaire due à la Covid, à d’autres desseins, avec un effet rapide sur l’amélioration de la qualité de l’air par exemple.

Les initiatives individuelles ou en groupes tournant le dos aux habitudes de production et de commerce modernes voient le jour. Des pays entiers comme le Rwanda ou le Royaume du Bhoutan ont compris et appliqué ces pratiques écologiques efficaces.

D’autres leviers sont possibles. Considérons les croyances qui sont nécessaires pour épargner, consommer, travailler, vivre d’une manière générale. Si ces croyances en un avenir plus sûr fléchissent, de nombreuses conséquences sont envisageables comme les émeutes, le boycott, la méfiance envers les élus, la perte de contrôle dans un monde de plus en plus virtuel dirigé par des élites éloignées des réalités quotidiennes, sans parler d’autres effets plus violents.

 De nos jours dans le monde occidental, les sciences tiennent une place d’importance égale à celle de la religion, à la différence près qu’elles évoluent beaucoup plus rapidement. Autre différence : la religion rappelle à l’humain sa place tout-à-fait insignifiante dans l’univers, alors que les sciences l’aident à se hisser à un niveau de connaissances grandissant, le conduisant à observer tout ce qui est sur terre et dans le cosmos avec une échelle humaine, à travers son prisme déformant très probablement la réalité globale du monde qui l’entoure. L’humain a-t-il une véritable emprise sur son environnement ?

Jacques Blamont, a imaginé, sans espoir d’être entendu, que la religion catholique pouvait mobiliser son milliard de fidèles, avec sa hiérarchie et sa structure bien établies, transmettant ainsi un message à d’autres populations afin de convaincre d’agir dans cette situation périlleuse.

Alors quel levier d’importance permettrait la transition écologique, offrant à tous et à chacun d’espérer en un avenir radieux pour nos enfants ? La question reste entière.

L’idée de la croissance verte est de découpler l’économie de la dégradation de l’environnement sur un nouveau modèle de développement plus sobre en carbone, plus économe en ressources, plus social et éthique. Nombreux sont les outils à notre disposition :

  • impulsion forte d’une fiscalité énergétique et environnementale,
  • mise en place de finances vertes incontournables (banques solidaires, placements citoyens, etc.)
  • économie circulaire
  • lutte acharnée contre l’évasion fiscale et contre la concurrence déloyale des monopoles commerciaux (GAFA et autres grands groupes agroalimentaires, ou pétroliers)
  • modification profonde des infrastructures et de la logistique,
  • amélioration du service public dans les domaines des transports en communs, du logement et de la santé,
  • législation pénalisant les véhicules énergivores
  • aménagement du territoire rural délaissé : encouragement aux initiatives agricoles et artisanales, et bonus aux circuits courts,
  • promotion et développement des éco-villages ainsi que l’habitat écoénergétique et durable,
  • aides substantielles aux agricultures bio, à la permaculture et à l’agriculture raisonnée, végétalisation des villes, gestion durable des forêts,
  • expansion de l’économie sociale et solidaire, recentrage des besoins essentiels,
  • recyclage et réparation facilités, emballages biodégradables,
  • pédagogie sur les gestes écologiques et sur les conséquences du gaspillage et de la surconsommation et ce, dès le plus jeune âge,
  • développement de l’entraide entre voisins et intergénérationnelle,

La liste est longue et non exhaustive. Chacun d’entre nous a le pouvoir d’agir au quotidien. Nous nous devons tous et toutes de trouver les moyens de préserver les ressources de notre planète, respecter le vivant, retrouver l’énergie créatrice originelle. Passons notre temps à réfléchir à cela et agir en conséquence plutôt que de parcourir les centres commerciaux, surfer sur les sites internet ou sur les réseaux sociaux.

La relation vraie à la terre et aux humains est accessible à tous, simple et vitale.

 

Marjorie Gadenne

 

 

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