Il est encore temps d'éviter la catastrophe

 Depuis la nuit des temps, les actions humaines ont impacté l’équilibre et les chaines alimentaires de la faune et de la flore.

La découverte du feu, de l’agriculture et beaucoup plus tard les différentes révolutions industrielles ont peu à peu dévasté le « jardin d’éden » qui aurait précédé l’apparition des humains sur la planète.

Il apparaît que la prise de conscience écologique se répand aujourd’hui un peu partout et imprègne les entendements d’une grande majorité des populations informées. Petit à petit, nous sommes sensibles aux idées a priori très abstraites de réchauffement climatique, d’occupation des sols, de dérèglement global, d’extinction de la biodiversité ou d’épuisement des ressources de la terre.

En 1972, le rapport Meadows annonçait un effondrement de notre civilisation pour 2030. Deux chercheurs australiens ont livré leur scénario catastrophe pour la planète. Selon eux, il est hautement probable que la civilisation humaine soit anéantie d’ici 2050. Ces deux chercheurs sont David Spratt, directeur de Breakthrough National Centre for Climate Restoration, et Ian Dunlop, ancien président de l’Australian Coal Association et ancien dirigeant de l’industrie du pétrole, du gaz et du charbon.

Partant de ces postulats, nous pouvons adopter quatre attitudes différentes pour faire face à cette situation catastrophique.

La première attitude serait celle que l’on peut actuellement observer globalement : adopter une réaction progressive, assez lente, des petits pas dénoncés par Nicolas Hulot, en instaurant des « mesurettes » telles que le recyclage des emballages, les primes attribuées pour l’isolation des bâtiments, les taxes sur les carburants, etc. tout en conservant un système démocratique et économique classique.

La deuxième posture impliquerait un consensus mondial pour la diminution drastique des extractions des sols et des consommations énergétiques, l’arrêt progressif de la production de tout ce qui serait catalogué polluant ainsi qu’une entraide internationale pour organiser une agriculture raisonnée, sans pesticide, sans engrais chimiques, sans écocide, dans le respect de tout ce qui est vivant. Il n’est pas interdit de rêver !

Troisième solution : Nous faisons l’autruche. Comme c’est facile et confortable ! Après nous le déluge… A quoi bon s’évertuer à lutter contre les phénomènes titanesques tels que la dévastation des forêts tropicales, la pollution des océans et les effets des gaz à effet de serre. On se sent si petit et si faible pour agir… Quoiqu’il arrive, la terre s’en remettra. A l’échelle de l’univers, il suffira de quelques milliers d’années pour que notre planète se refasse une santé.

Enfin, pourquoi ne pas compter sur les progrès technologiques fulgurants développés récemment pour lutter contre la pollution et le réchauffement climatique ? En effet, changer nos habitudes de consommation relève d’un défi colossal bien plus important que l’effort de progrès technologique déployé pour le développement durable. Les technologies au service de l’environnement sont déjà nombreuses. Les carburants verts, l’hydrogène, le soleil et le vent remplacent les énergies fossiles.

Le concept de développement durable propose une réponse « techno-optimiste » à la crise écologique. En 1987, le rapport Brundtland, Notre avenir à tous, commandité par l’ONU en vue du Sommet de la Terre, définit le développement durable comme « un mode de développement qui répond aux besoins du présent sans compromettre la capacité des générations futures. »

il s’agit de promouvoir des technologies dites « neutres en carbone » ou « vertes ». Par exemple pour limiter la pression des systèmes agricoles sur les écosystèmes (ressources en eau, déforestation, etc.), l’idée serait de continuer à optimiser les technologies existantes pour accroître massivement la productivité et les rendements. Pour nettoyer les océans des huit millions de tonnes de déchets plastiques qui y sont déversés chaque année, il est possible d’améliorer le recyclage et mettre au point des « technologies réparatrices », à l’image du projet « Ocean CleanUp » qui tente de nettoyer le vortex de déchets du Pacifique nord. Pour gérer une population de plus en plus urbaine, les villes intelligentes ou « Smart Cities » – ces zones urbaines qui utilisent des nouvelles technologies pour améliorer la qualité des services urbains – vont recourir à la technologie et permettre de développer des solutions d’autonomie et d’optimisation des flux énergétiques, humains, alimentaires, etc.

Ainsi, les « Tech for good » (technologies au service du bien commun) sont en plein essor en France et dans le monde. La finance verte est, elle aussi, appelée à financer la transition écologique. Pour les plus optimistes, à mesure que se matérialise la crise environnementale, la technologie doit permettre de s’affranchir totalement des contraintes naturelles. Il s’agit alors, comme l’écrivait Hervé Juvin, de « produire le monde » en industrialisant la production, de l’oxygène jusqu’aux écosystèmes, tout en s’enthousiasmant pour le potentiel économique de ces innovations (Produire le monde : pour une croissance écologique, Gallimard, mars 2008).

Dans une vision plus futuriste, pour faire face à la montée des eaux, de nombreux urbanistes explorent des concepts de villes flottantes. Empruntant à l’imaginaire hightech, ils réfléchissent à la conception de villes-satellites autour de structures modulaires, autonomes en énergie, alimentées par énergie solaire, conçues pour résister aux tempêtes, récupérant les eaux de pluie et autonomes dans leur production de nourriture, pour former peut-être les « gated communities » (quartier résidentiel fermé) de demain (Andrew Revkin, « Les Villes flottantes seront-elles la solution à la crise du logement mondiale ? », National Geographic, septembre 2019).

Dans cette lecture techno-optimiste, c’est en mettant l’innovation au service du bien commun et des enjeux écologiques que les sociétés actuelles parviendront à relever le défi écologique.

Aujourd’hui, nous avons les moyens de mesurer avec précision un très grand nombre de facteurs et de conséquences de la pollution de l’air, du réchauffement climatique, de l’occupation des sols, des ressources naturelles, et tout ce qui est au cœur de nos préoccupations écologiques

Il semble que diriger tous ces moyens vers un objectif vital est possible et serait plus facilement accepté et « politiquement correct », plutôt que de taxer le carbone, interdire la surconsommation ou imposer des privations.

Certes, nous ne pourrons pas revenir en arrière, ni réparer l’irréparable comme l’extinction de nombreuses espèces animales, mais nous avons les moyens de contrôler et de mettre les curseurs sur bon nombre d’objectifs atteignables.

 

Marjorie Gadenne

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