L’écologie et le progrès sont-ils compatibles ?

 

                Voilà bien une question qui paraît insoluble et qui mériterait une définition des deux termes en question pour y voir plus clair. L’écologie tout d’abord ; il va sans dire que l’on ne parle pas ici de la science des écosystèmes mais plutôt d’une idée politique qui prône le respect de l’environnement dans le but de ne pas dégrader les conditions de vie de l’Humanité. Cette idée, qui prend ses racines chez des anarchistes du XIXè siècle (H. D. Thoreau aux U.S.A. ou É. Reclus en France …), s’est progressivement déclinée en de nombreux mouvements tous plus différents les uns des autres mais dont le but reste (en théorie) le même.

                Maintenant, reste à définir ce que l’on entend par progrès ce qui risque d’être plus ardu. En effet, si l’on s’en tient à sa définition la plus stricte, le progrès serait le fait d’avancer dans la réalisation d’un but précis. Dans ce cas, cette notion est relative au choix du but que l’on cherche à atteindre. De ce fait, toute action qui tendrait vers le but premier de l’écologie, comme réduire les émissions de gaz à effets de serre ou favoriser la protection de la biodiversité, serait un progrès compatible avec l’écologie.

                Mais cette réponse ne semble pas convaincante car le terme de progrès n’est pas utilisé dans ce sens dans l’arène médiatico-politique actuelle. Quel est alors le but recherché par le « progrès » utilisé dans ce contexte ? Lorsque l’on pose la question (ce qui arrive rarement) à ceux qui utilisent ce terme, la réponse se situe entre faire progresser l’Humanité et rester compétitif par rapport aux autres nations. Le but du progrès serait donc de … progresser ?

                Derrière cette tautologie évidente, se cache la véritable préoccupation : conserver le système économique actuel. Maintenir l’économie en place et faire gagner des points de P.I.B. est la raison d’être de cette notion de progrès. Orwell ne l’aurait pas mieux dit : « La guerre c’est la paix, la liberté c’est l’esclavage et le progrès c’est le conservatisme ».

 

                Mais faire le procès de l’emploi moderne du terme de progrès ne nous dit pas si ce dernier est compatible ou non avec l’écologie politique. Si on omet déjà le fait que, la responsabilité de l’Humanité dans la crise climatique et d’érosion de la biodiversité n’est plus à prouver et que donc le modèle actuel a une part importante dans ces crises, on peut même démontrer que ce dernier est fondamentalement incompatible avec le respect de l’environnement. Pour faire cela, analysons d’abord la fondation principale du système économique actuel : la « sacro-sainte » croissance. A quoi correspond ce mot répété « ad nauseam » sur les plateaux télé ?

Le premier élément qui ne cadre pas avec ce concept est purement physique : une exponentielle ne peut en aucun cas continuer indéfiniment dans un système fini (ce qui, sans preuve du contraire, est bien le cas de notre planète). La fondation ne cadre donc pas avec la réalité physique du monde et n’est par conséquent pas durable. Mais alors comment diable avons-nous réussi à maintenir notre rythme exponentiellement frénétique pendant près de 300 ans ? Eh bien nous avons délégué le travail le plus difficile à faire à nos machines, elles-mêmes alimentées par des ressources riches en énergies comme le bois, le charbon, le gaz mais surtout le pétrole. La croissance s’accompagne donc mécaniquement de plus de gaz à effet de serre rejetés dans l’atmosphère. Cela se vérifie expérimentalement car lorsque les deux courbes de la production de pétrole brut et du P.I.B. mondial sont superposées on trouve une corrélation quasi parfaite (les deux chocs pétroliers des années 70 correspondent même à deux chutes du P.I.B.). Même si corrélation n’est pas causalité, il faut bien avouer que sans une quantité d’énergie croissante, le modèle économique n’aurait jamais pu se maintenir pendant 300 ans.            Mais comment fait-on pour avancer si l’écologie et le progrès sont si fondamentalement incompatibles ? Pour cela il faut changer nos imaginaires, transformer le sens d’un de ces deux mots pour éviter la dissonance cognitive. Le capitalisme sait très bien faire cela, avec ses différentes tentatives de « green-washing » il transforme le sens de l’écologie, qui est à l’origine anarchiste, vers une acceptation du système en place. Cependant, nous pouvons faire l’inverse et transformer le sens actuel du mot progrès pour que celui-ci signifie la frugalité, le respect des écosystèmes et des avancées sociales et démocratiques qui iront dans ce sens.

 

Léo PAZZE

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