Populisme : essai de définition

  •  Comme il est préférable de parler du populisme au pluriel, on va rechercher les traits caractéristiques communs à ces divers populismes.

 

  • Le mouvement populiste est souvent une réaction à un blocage du système politique où les partis qui se succèdent au pouvoir sont rejetés à cause de leur impuissance, de leur fonctionnement de caste indifférent aux légitimes aspirations du peuple, (« ceux d’en-haut » ignorent, méprisent, trahissent « ceux d’en bas ») On va opposer « le peuple » à « la caste ». Les causes de ce mouvement ne sont pas seulement économiques (sentiment de déclassement, de pauvreté sans issue, d’inégalités insupportables) mais aussi politiques (rejet du système) intellectuelles (nouvelles idéologies) et psychologiques (désir de reconnaissance, refus du mépris des dominants, manque de confiance envers autrui, isolement et exclusion)

 

  • Les partis « classiques » sont discrédités et rejetés, les étiquettes (droite ou gauche) ne veulent plus rien dire, la corruption, la république des copains et des coquins suscitent dégoût et colère. Il faut « dégager » tous ces pourris. Exigence de moralisation et de transparence. On filme tout.

 

 

  • Il faut rejeter le « système », souvent celui de la « démocratie représentative », qui trahit le peuple et méconnaît sa volonté. Rejet de la forme parti au profit de la forme mouvement avec une nette aversion pour toute structuration bureaucratique. Basisme, spontanéisme et exaltation de la démocratie directe dont le symbole caractéristique est le référendum. Refus du pluralisme politique car la voix du peuple est la seule légitime et les aspirations des minorités sont suspectes.

 

  • De quel peuple s’agit-il ? Du peuple des citoyens, des nationaux, des pauvres, des précaires ? Qui fait partie du peuple ? Qui est en dehors et devient un ennemi potentiel ?               Attitude réservée ou carrément hostile à l’égard des immigrés, des étrangers. Xénophobie et rhétorique nationaliste, antisémite en Hongrie (Jobbik). Méfiance à l’égard de représentants autoproclamés et refus de discuter avec le pouvoir. Seul mot d’ordre fédérateur : « Macron- démission ».

 

  • Rôle central d’un leader charismatique qui sait ce que veut le peuple car il en est issu. Ce   tribun populaire est « comme nous ». Son corps, sa mise, son langage comptent autant que ses idées. ( voir Salvini qui fait campagne sur les plages, en maillot de bain entre deux bimbos) Le leader est plutôt masculin mais aujourd’hui les femmes peuvent être aussi leader. Le discours du leader est percutant, compréhensible par tous : il dit tout haut ce que le peuple n’ose pas dire, paralysé et privé de parole par la « pensée unique », le « politiquement correct », la « bien-pensance ».  La notion de vérité devient élastique et mensonges, exagérations voire inventions farfelues se répandent sur les réseaux.
  • Influence des facteurs religieux et identitaires : évangélistes, islamistes
  •  Place importante accordée aux émotions : on préfère exprimer son indignation, sa colère plutôt que participer à un débat rationnel. Le populiste s’indigne et ne dédaigne pas recourir à la violence ou au moins tolérer la violence des plus radicaux. On ramène tout à des oppositions binaires : « eux » contre « nous », le « peuple » contre les « élites », la province contre Paris, les « patriotes » contre les « mondialistes » ou les « européistes », l’homme ordinaire contre les « sachants ». Le discours se radicalise d’autant plus que l’anonymat des réseaux sociaux encourage l’exagération, l’emphase, l’injure, l’argument « ad hominem » et l’appel à la violence. Angoisses et peurs s’expriment de manière paroxystique sur le web.

 

  • Le populiste se moque des programmes « mensongers » des partis car il connaît la solution définitive par exemple le R.I.C. le référendum d’initiative citoyenne.

 

  • « Le contenu minimal de tout populisme est un rejet des médiations, jugées inutiles, limitatives ou nuisibles. Ce rejet peut se transfigurer en rêves d’immédiateté, de proximité, de contact direct, de transparence ou de retour à l’originel, au primordial, au naturel. » (André Taguieff). Il est difficile de s’organiser tant la défiance envers des représentants est grande. Les leaders médiatiques se succèdent et disparaissent en quelques semaines. La participation aux élections aboutit à des scores ridicules.

 

Yves Prouet

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