Une nouvelle relation au travail

Quelle place a pris, prend et prendra le travail dans nos vies ?

Le travail était anormal pour les classes supérieures, et réservé aux esclaves. L’excellence autrefois était de ne pas travailler. C’est la société moderne qui a institué le travail comme un droit et comme un moyen pour se libérer. Dans notre société moderne, c’est le travail salarié qui nous donne un statut de citoyen.

Pour l’heure, il est acquis que celui qui ne gagne pas son pain à la sueur de son front, est voué sinon à mourir de faim, du moins à une mort sociale. Notre société ne valorise pas le repos.

Et pourtant il est socialement admis que bon nombre de gens aujourd’hui gagnent leur vie non pas à la sueur de leur front, mais grâce aux rentes, à l’héritage ou à la spéculation et l‘essentiel de la production de richesse se passe en dehors de l’emploi. Est-ce le retour vers une société à deux vitesses ?

Le travail et notre relation au travail évoluent dans nos sociétés occidentales.

Le travail est de plus en plus tertiaire et de moins en moins physique. Il ne s’agit plus majoritairement de produire des besoins d’existence.

Le travail salarié est progressivement remplacé par des statuts précaires et l’entrepreneuriat.

Le CDI n’est plus la seule forme d’avenir du travail. Les jeunes veulent plus d’autonomie.

Le travail par intermittence se multiplie. Le modèle de l’auto entrepreneur et du statut libéral tend à remplacer le salariat. Le travail pour une autre personne, contraignant, est partiellement remis en cause.

Dans le même temps, dans la création d’emploi, la société du travail salarié tend à être remplacée par une société du partage non créatrice d’emploi salarié. Je citerai comme exemple, les supermarchés coopératifs qui commencent à ouvrir et qui fonctionnent grâce au bénévolat de leurs clients.

Un bon nombre de métiers vont disparaître dans les 20 ans à venir, c’est à dire demain. L’homme sera remplacé en partie par les robots. Médecins, comptables, avocats, conducteurs,.. sont sur le point de disparaître.

Dans l’hypothèse qui reste théorique, que les emplois créés ne remplaceront pas en nombre suffisant, les emplois perdus, il faut repenser ce que la société peut offrir comme raison d’être à l’ensemble des citoyens.

Notre modèle capitaliste.

Une partie du travail alimente une surproduction liée à la société de consommation et à la croissance à tout prix. L’individu et la nature y sont trop souvent oubliés.

Il y a une prise de conscience que le monde est fini, que les ressources de la planète sont limitées, mais rien ne change assez vite pour éviter le pire.

Quelle utilité sociale par le travail ?

Mais la jeune génération recherche de plus en plus un travail qui a du sens. Les individus de plus en plus éduqués, ont un besoin grandissant de trouver du sens dans ce qu’ils font et de suivre une éthique. Beaucoup de jeunes ne sont pas forcément dans la logique de travailler comme les générations précédentes. La qualité de vie, la question éthique sont de plus en plus prises en compte par les citoyens.

Le travail n’est pas pour un grand nombre de salariés, la condition d’une vie digne et épanouie. Les travailleurs pauvres réapparaissent. Les bullshit Job ou boulots de merde (en français dans le texte) sont légion.

Le travail de care, c’est à dire les travaux qui s’occupent d’autrui comme les métiers d’accompagnement des seniors, de l’enseignement, du soins,… , sont sous-payés et sous-évalués.

Notre gestion du temps.

Les phénomènes de Burn out, de bore out (l’ennui profond au travail) se multiplient.

Les individus courent après le temps. L’accélération des process, la connexion permanente (d’où l’intérêt du droit à la déconnexion), fatigue les organismes. Le corps humain a ses limites que le robot ou internet dépassent aujourd’hui. Il est urgent que la société réorganise le travail, afin de nous libérer plus de temps. L’individu choisi rarement de se déconnecter lui-même, c’est donc à la collectivité d’organiser et de valoriser le droit à la déconnexion et au temps libre. Après l’instauration des congés payés jusqu’à 5 semaines et les RTT, il nous faudrait aller plus loin pour autoriser chacun à s’arrêter de travailler pour se former, voyager, s’ouvrir aux autres, s’engager bénévolement. Cela pourrait se faire tout au long de la vie.

Il nous faudrait instaurer le droit à des périodes de break type année sabbatique, mais rémunérées. Et pourquoi pas permettre de démissionner tout en touchant le chômage.

Il nous faut continuer à aller vers plus de partage du travail. Et répartir l’activité sur toute la vie et non plus avoir 3 phases bien séparées comme aujourd’hui (formation, travail et retraite) serait la solution.

La fin de la société du plein emploi, le début de la société de la pleine activité.

Bon nombre de salariés se retrouvent sur le carreau. Le chômage est vécu comme une tare sociale mais la société du plein emploi est loin derrière nous.

Le non actif qui a des activités associatives, familiales (élever ses enfants par exemple) ou de formation, n’est pas considéré comme utile à la société au même titre qu’un actif.

Dans le livre « Sans Emploi », Raphaël Liogier nous invite à sortir de l’idée qu’être digne, c’est être productif. Être digne est justifié par le «  seul fait de participer dès notre naissance à la vie collective, aux échanges matériels, aux échanges d’idées, au fait d’avoir des loisirs, d’aider les autres, de débarrasser la table à la maison, d’aider un malade à traverser la rue, de s’habiller, de répondre au téléphone, de marcher, de consommer » écrit Raphael Liogier. 

Par Philippe RABIER

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