Conditions et perspectives pour l'instauration d'un Revenu Universel d'Existence

Une des conditions pour l’existence d’un RUE en dehors des questions économiques, est la redéfinition de la valeur travail.

Cela nécessiterait de revaloriser la place du travail domestique, longtemps considéré en France comme une «occupation» ou un non-travail, voire un «loisir». Cela nécessiterait de revaloriser les travaux du care.

En somme, cela nécessite de transformer notre vision du travail en faisant apparaître des tâches et des personnes aujourd’hui dévalorisées, comme indispensables au fonctionnement ordinaire de notre monde.

Il s’agirait également de reconnaître, avec la dignité des citoyens, leur capacité, y compris en situation de grande précarité, à déterminer ce qui est bon pour eux.

Là où le RUE a été expérimenté, il a généré toujours plus d’activité chez les bénéficiaires et donc balaie l’idée reçu, que cela générerait de la fainéantise et de l’oisiveté à outrance.

Le RUE n’est pas, il faut le redire, la solution à toutes les difficultés liées au travail. Mais cela pourrait être un des outils qui permettront la transition de notre société vers une production plus respectueuse de la nature et plus en accord avec l’humain.

Le RUE peut difficilement être pensé seul sans d’autres garantie telle que par exemple un revenu du travail minimum garanti.

Cette proposition de RUE a au moins le mérite de nous interroger sur la place qu’a réellement le travail dans nos vies et sur quelle nouvelle place il pourrait avoir dans notre contrat social.

Un nouveau contrat social

Ce nouveau contrat social se donnerait les moyens de garantir une vie digne à toutes et tous en échange d’une participation à la vie de la Cité. L’activité et non le travail, serait un devoir, et l’oisiveté serait possible voire recommandée.

La dignité de la vie de l’humain serait au centre de ce nouveau contrat social, et non plus le travail dont l’utilité sociale serait devenue relative.

Cette utopie consiste à découpler définitivement le revenu, du travail, ne plus considérer qu’il faut travailler pour gagner sa vie. Mais accepter l’idée que chaque individu, du seul fait d’exister, a droit à un revenu décent indépendamment de toute activité laborieuse, de sa naissance jusqu’à sa mort.

Cela invite à valider le fait que le plein emploi est une chimère et un danger pour la planète.

Cette transformation est dans la continuité de la disparition progressive et concrète du travail comme nécessité vitale.

Les valeurs de créativité, de bien-être et d’autonomie pourrait alors dominer notre société. Elles pourraient progressivement se substituer aux valeurs matérialistes. Le désir d’être pourrait prendre le dessus sur les désirs de survivre et de vivre qui régissent aujourd’hui notre raison d’être.

 

Une participation citoyenne renouvelée

Il s’agirait également de reconnaître, avec la dignité des citoyens, leur capacité, y compris en situation de grande précarité, à déterminer ce qui est bon pour eux.

 

Garantir des conditions de vie vivable à chacun, ce serait aussi mettre en œuvre la capacité politique de tous et dire que la politique est à inventer collectivement.

Ce serait refuser toute règle qui fixe le périmètre de ceux qui ont le droit de prendre part de façon légitime à la vie publique.

Il nous faudrait alors inclure dans la discussion sur le travail celles et ceux qu’elle concerne : les jeunes, les aidants proches, les travailleurs sans papiers, les personnes en grande pauvreté, les marginaux, les personnes handicapées ou souffrant de maladies psychiques.

On le voit, l’instauration d’un RUE pourrait avoir des conséquences positives en matière de démocratie et de mode de gouvernance.

Par Philippe RABIER

SUITE DU DOSSIER

La renaissance du revenu universel

La renaissance du revenu universel

La question du revenu universel avait fait irruption dans le débat public à l’occasion des primaires de la gauche en 2017. Les Français étaient majoritairement hostiles à l’idée. Trois ans plus tard, le coronavirus peut-il inverser la tendance ?

lire plus
Une nouvelle relation au travail

Une nouvelle relation au travail

Quelle place a pris, prend et prendra le travail dans nos vies ?
Le travail était anormal pour les classes supérieures, et réservé aux esclaves. L’excellence autrefois était de ne pas travailler. C’est la société moderne qui a institué le travail comme un droit et comme un moyen pour se libérer.

lire plus
Share This