BIENS COMMUNS ET COMMUNS

EDITO Le Bien Commun – Les biens communs – Les communs        par Jean Paul Briand                                                                 

Ce concept de « communs » a été mis en avant par Elinor Ostrom, prix Nobel d’économie de 2009. Terme jusque là rarement utilisé, il apparaît ces dernières années plus fréquemment dans les discours politiques. Cette notion n’est-elle pas une entité fourre tout, évasive, à la mode et utilisée par « l’ancien monde politique » qui cherche à se renouveler et par « le nouveau monde politique » qui veut s’imposer ?

  • Qu’est-ce au juste que ce concept de « communs » et quelles différences y a-t-il avec « les biens communs » ?
  • Quelles sont les finalités et retombées éventuelles pour l’individu et pour la collectivité ?

La finalité du « bien commun »

Selon les deux termes « bien » et « commun », on peut comprendre que l’ambition sous-tendue est positive et qu’elle doit être partagée avec l’ensemble d’un collectif. Pour faire l’unanimité, le bien commun se doit d’associer intérêt communautaire et intérêts individuels. L’histoire, comme le prix Nobel, Kenneth Arrow, démontrent qu’il n’existe aucun système assurant à l’identique le respect de la personne de conserve avec l’intérêt d’un groupe, en dehors d’un système politique totalitaire. Les anciens régimes communistes l’ont sinistrement prouvé avec leur collectivisme violent, responsable de répressions, d’épurations et de déportations. Malheureusement, la mondialisation du capitalisme, dénommé pudiquement libéralisme, où le profit est l’objectif prédominant, entraîne des pollutions irréversibles, l’exclusion des plus fragiles, la disparition d’espèces animales, le pillages des ressources, la destruction de modes de vie originaux et de sociétés ancestrales. Un bien commun serait une valeur, une ressource à protéger pour l’ensemble de l’humanité. La culture du bien commun remet en cause les modes de développement et les modèles de société connus, actuels ou anciens. La finalité du communs serait une troisième voie afin de sortir les démocraties de cette double impasse délétère entre collectivisme étatique brutal et libéralisme égoïste irresponsable…

Des entités irréfutables et universelles

Le (bien) commun ne peut apparaître que s’il y a consensus entre les membres de la collectivité qui souhaite opter pour celui-ci. Tout groupe humain est composé d’individus. La confluence vers la sélection d’un commun, collectif, général ou public n’est pas naturelle. L’intérêt général n’est pas la somme des intérêts particuliers. Dans une démocratie, la seule option possible est celle de la majorité. Le bien annoncé comme « commun » impose donc à une minorité sa « dictature ». Pour sortir de cet écueil, le commun doit posséder une dimension universelle incontestée, concernant l’ensemble du monde.
Quelles sont ces entités à sauvegarder qui devraient être acceptées comme étant irréfutables et universelles :

  • la paix sociale, la démocratie, la santé
  • le langage, la communication, la liberté de penser
  • la culture, l’éducation, le savoir
  • le climat, l’atmosphère, l’eau
  • la terre, le sous-sol, les océans, la biodiversité
  • Les planètes qui sont ou seront accessibles à l’homme

Les communs se définissent par leur mode de gestion

Si le « bien commun » semble être un nouveau universalisme au côté des droits de l’homme, qu’en est-il pour les communs ? Sont-ils superposables au bien commun ?
Les « (biens) communs » peuvent être compris comme des droits ou des attributions se définissant essentiellement par leur mode de gestion authentiquement communautaire et démocratique. Ces communs sont alors envisagés comme des acquis intermédiaires, transitoires, liés à des territoires, des époques, une communauté. Ils combattent les « maux communs » et permettent d’améliorer les conditions d’existence tangibles ou immatérielles d’un groupe humain spécifique. Pierre Thomé, auteur de « Biens communs, quel avenir ? » (éd. Yves Michel, 2012), formule que les biens communs : « supposent une ressource et un collectif (ou une communauté) agissant sur cette ressource par un ensemble de règles de gouvernance co-définies par le collectif ».

L’exigence de compromis

A priori, l’objectif unanime des communs serait l’amélioration des conditions de vie, le bonheur, l’épanouissement des personnes, la lutte contre la souffrance physique, psychique et sociale. Par définition, ils n’obéissent pas au modèle marchand et privilégient l’intérêt général. On peut y voir la remise en cause de la notion de droits individuels, du bien privé et de propriété. Pour exister dans la bienveillance et sans spoliations, ces communs exigent la négociation de compromis entre l’intérêt individuel de certains et l’intérêt collectif. Il est donc nécessaire que le choix des communs réponde à une notion dynamique, offrant des perspectives futures de compensations à ceux à qui il est demandé de renoncer pour partie à des acquis.

La gouvernance définit les communs

Logiquement, la gouvernance des communs doit être faite par leurs usagers et non par une administration étatique, une gestion technocratique ou une organisation privée à but lucratif. Sans être un doux utopiste, peut-on imaginer des expériences de démocratie participative pour la gestion collective et négociée de projets ou de biens communs, faites à partir de règles, de chartes, établies elles aussi collectivement ? Dans l’affirmative, il est nécessaire que des citoyens inventent, s’engagent dans la durée, s’éduquent pour agir solidairement dans un nouveau modèle associatif s’éloignant de l’archétype habituel composé d’un conseil d’administration, d’une assemblée générale, d’un président, d’un bureau aux cycles de renouvellement parfois contestable…

Une nouvelles forme d’engagement associatif

Les citoyens rejettent les institutions politiques actuelles et ses experts autoproclamés se considérant comme les seuls dépositaires de la vérité et de ce qui est bien pour les autres. Ils souhaitent des formes d’échanges sincères, des actions collectives co-construites, des démarches de projets démocratiquement décidés. Cette novatrice dynamique citoyenne se rencontre dans les nouvelles formes d’engagement associatif. Si c’est bien l’intention de gestion commune qui crée les communs, alors ils peuvent devenir le point de départ du renouveau des institutions et de l’économie sociale et solidaire qui ne produisent plus les effets pour lesquels elles furent créées…

Communs et service public

Les services publics sont à la fois plébiscités et jugés trop éloignés. Basés sur le principe de la solidarité, les services publics peuvent être des éléments incontournables d’intégration, de cohésion sociale, des créateurs d’emplois et contribuer à la prospérité collective. Pour cela, les usagers doivent pouvoir participer véritablement à leur conception, leur organisation, leur management, leur évaluation et leur actualisation. Ainsi les services publics renouvelés seront des biens communs protecteurs réconciliés avec la population.

LES COMMUNS

E-mag N°11

SUITE DU DOSSIER

Les Biens Communs

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La définition des communs varie selon les pays, les domaines concernés et les objectifs choisis. Les communs peuvent être définis comme des biens matériels, immatériels ou des services qui mobilisent une action collective dans un objectif d’intérêt commun, dans le respect de l’écologie et de la justice sociale.

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La Loire, notre bien commun métropolitain

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