Qu’est-ce que la « tragédie des communs » ?

Le débat nait en 1968 à partir dun article de Garrett Hardin « La tragédie des communs » publié dans Science. L’auteur voulait montrer que des terres communales en Grande-Bretagne avaient été détruites par la surexploitation des éleveurs de moutons qui ne considéraient que leurs intérêts personnels. Chaque éleveur avait tendance à accroître le nombre de bêtes de son élevage et les pâtures périssaient de cette surexploitation. Le terme de tragédie signifiait laccomplissement d’un destin inéluctable. Hardin en déduisait quune gestion étatique ou privée était plus rationnelle, plus efficace.

Le présupposé de sa thèse était la définition classique de lhomo oeconomicus comme sujet gouverné par le seul intérêt égoïste. Dans le cas dun bien rare et limité, la recherche de cet intérêt conduisait selon lui à l’épuisement de ce bien. La gestion étatique ou privée de ce bien avait lavantage de contenir cet intérêt et de préserver cette ressource.

Avec l’essor du néolibéralisme, la tragédie des communs va être simplifiée pour devenir un plaidoyer pour la seule propriété privée.

Pourtant, le raisonnement d’Hardin était une vue de l’esprit, déconnectée des réalités concrètes et biaisée par une vision très idéologique du monde social. La tragédie des communs était un mythe. Le raisonnement de Hardin appartient aujourd’hui au passé ce qui n’empêche pas qu’il soit encore très présent dans certains discours médiatiques, militants ou politiques.

Un exemple permet d’illustrer son propos. En 1998, à la frontière entre la Mongolie, la Russie et la Chine, une photo satellite montre des différences significatives de surpâturage. Les pâturages sont gérés traditionnellement par une propriété collective et nomade. Or, en Russie et en Chine, les gouvernements ont nationalisé les pâtures, et plus tard en Chine, elles ont été privatisées. En Mongolie, la gestion est restée nomade et basée sur des propriétés collectives. On y observe des taux de dégradation de 9 % en moyenne. En Chine (privé) et en Russie (Etat), on observe des taux moyens de dégradation de lordre de 50 % (allant jusqu’à 75 %).

Même s’il faut rester prudent sur la pertinence de tel ou tel mode de gestion, il est nécessaire de dépasser la tragédie des communs. De plus, il est important de bien distinguer les communs (commons) d’une situation de libre accès où tout le monde peut se servir à sa guise. Les communs sont tout autre chose, ce sont des institutions grâce auxquelles des communautés gèrent des ressources communes partout dans le monde, et souvent de façon très durable.

http://medias.dunod.com/document/9782200293024/BONUS-1-La-tragedie-des-biens-communs.pdf
http://www.mountvernon.fr/Tragedie_biens_communs/Tragedie_biens_communs.pdf

SUITE DU DOSSIER

Dossier – Les biens communs – édito

Dossier – Les biens communs – édito

Ce concept de « communs » a été mis en avant par Elinor Ostrom, prix Nobel d’économie de 2009. Terme jusque là rarement utilisé, il apparaît ces dernières années plus fréquemment dans les discours politiques.

lire plus
Les Biens Communs

Les Biens Communs

La définition des communs varie selon les pays, les domaines concernés et les objectifs choisis. Les communs peuvent être définis comme des biens matériels, immatériels ou des services qui mobilisent une action collective dans un objectif d’intérêt commun, dans le respect de l’écologie et de la justice sociale.

lire plus
La Loire, notre bien commun métropolitain

La Loire, notre bien commun métropolitain

Les biens communs renvoient la plupart du temps à des éléments comme l’eau, l’air, le climat et la biodiversité, mais son usage devrait toucher certains domaines de la vie de la cité : l’environnement géographique urbain, l’habitat, les transports, la connaissance, la santé, le travail, les loisirs, le numérique, l’agriculture locale…

lire plus
Share This