La municipalisation de la gestion de l’eau à Naples

Comme dans d’autres pays européens, la question de la gestion des réseaux d’eau potable a été débattue en Italie sous le gouvernement Prodi. Elle a donné lieu à un référendum en juin 2011 sur la suppression des lois autorisant la privatisation des services publics locaux. La gestion publique l’emporta. Le maire de Naples Luigi de Magistris, à la suite d’une réflexion sur les biens communs et la démocratie participative, décida de créer une agence spéciale – Aqua Bene Comune Napoli – qui impliquait la participation active des citoyens et pas seulement l’action des élus et des experts.
Ce n’était pas la simple création d’une régie municipale de droit public : le principe des communs était mis en avant et on associait aux côtés des élus, des représentants d’usagers, des associations écologistes, des organisations de travailleurs et des experts.
La condition était une action citoyenne rendue efficace par une formation appropriée pour permettre la réalisation effective des droits sociaux. La démocratie participative venait appuyer la démocratie représentative. On ne se contentait pas de déléguer son pouvoir, on l’exerçait directement.
L’adjoint au maire Alberto Lucarelli était un professeur de droit public qui avait participé à la commission Rodota chargée par Prodi de rédiger dans le Code civil un article introduisant la notion de biens communs à côté de celles de biens privés et de biens publics.
Le slogan était « I comuni per i beni comuni “ qui liait les biens communs et la commune de Naples. Un droit nouveau des communs voyait le jour au-delà de la dualité propriété privée/propriété publique.

« En Avril 2012, une délibération municipale créée le « Laboratoire de Naples pour une Constituante des biens communs ». Ce laboratoire réalise un inventaire cartographié des biens de la commune qui ont été abandonnés et qui sont actuellement inutilisés, en collaboration avec la direction du Patrimoine de la mairie et les associations de citoyens. Ce laboratoire organise également des concertations citoyennes et conseils thématiques dans l’objectif de rendre ces biens publics et privés abandonnés aux citoyens désireux d’y développer des projets collectifs d’utilité sociale économiquement viables. Pour exemple, dès mai 2012, un bâtiment abandonné et occupé par un groupe de professionnels de l’animation et de la culture « l’Ex Asilo Filangieri » (complexe de San Gregorio Armeno) est reconnu par le Conseil municipal de Naples comme un bien commun géré par une communauté ouverte et considéré comme un lieu d’expérimentation d’une démocratie participative dans le domaine de la culture. »
(Benedetta Celatti conférence fev.2017. base.socioeco.org/docs/fiche_napoli.pdf)

Avec le recul du temps, le bilan de cette gestion de l’eau à Naples ne paraît pas convaincant. Aujourd’hui la gestion collective semble remise en cause tant les questions budgétaires restent irrésolues. Le conseil d’administration a démissionné et il semble qu’on s’achemine vers une cession de la gestion au privé.
A Turin au contraire, depuis 2017, avec la nouvelle majorité 5 Etoiles, on s’achemine vers une remunicipalisation de la gestion de l’eau.
http://europeanwater.org/
Participation du public dans la gestion des services de l’eau

Yves Prouet

SUITE DU DOSSIER

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