La Loire, notre bien commun métropolitain

Les communs urbains restent encore indéterminés

Les biens communs renvoient la plupart du temps à des éléments comme l’eau, l’air, le climat et la biodiversité, mais son usage devrait toucher certains domaines de la vie de la cité : l’environnement géographique urbain, l’habitat, les transports, la connaissance, la santé, le travail, les loisirs, le numérique, l’agriculture locale…
Les communs urbains restent encore le plus souvent indéterminés. Des expérimentations doivent donc voir le jour, mais avec indulgence car vulnérables et à coup sûr traversées de tensions. Elles ne pourront s’effectuer qu’avec une nouvelle répartition des pouvoirs entre administration, élus et citoyens.

La logique du marché influence l’agencement des territoires

Au niveau mondial, de l’Europe, du pays, des régions, voire des villes entre elles, règnent la compétition politico-économique. L’objectif du bien être social global passe après celui de la productivité et de la « bonne » gestion. Les effets délétères de cette domination de l’économique sur l’humain, se font de plus en plus sentir sur les relations sociales et individuelles, les conditions de travail, l’environnement et la démocratie.
Dans notre société de marché, on calcule le bien être d’une population sur la base du produit intérieur brut (PIB) par habitant. On ne cherche pas à savoir si le style de vie généré par ce PIB est en phase avec les besoins et souhaits réels des individus, avec la sauvegarde et l’amélioration de leur environnement naturel et de leur cadre de vie. Cadres de vie urbains et environnement, capturés par l’économie néo-libérale, se transforment trop souvent en produits marchands. Ici un espace vert devient parc d’attraction, ailleurs un bâtiment historique est aménagé en musée tarifé accompagné d’une boutique à touristes, là une promenade est jalonnée de gargotes à mal-bouffe, plus loin les berges d’un fleuve deviennent parking payant. La logique du marché influence l’agencement des territoires qui sont trop souvent aménagés comme de simples supports aux activités économiques.

La métropole semble l’échelle idéale pour une gouvernance démocratique participative

Pour des raisons essentiellement économiques, l’Etat se désengager de nombreux territoires. La proximité est devenue la dimension où se façonne et s’organise la société. La métropole semble l’échelle idéale pour une gouvernance démocratique participative authentique. Plus petite, le risque « d’arrangements entre amis » est à craindre, au delà c’est l’éloignement avec le quotidien des habitants qui pénalisera les projets. A l’échelle d’une métropole, il doit être possible de favoriser un programme territorial apportant de la valeur ajoutée au bien-être individuel et social de ceux qui l’habitent, y travaillent, le parcourent et s’y distraient.

Les règles d’une démocratie participative doivent s’exercer

Force est de constater que le plus souvent, ce qui est décidé pour la collectivité l’est en amont des intéressés. C’est seulement à posteriori que l’on cherche éventuellement à les impliquer. « Il est devenu aujourd’hui quasi impossible de mettre en place des grands projets (urbains, économiques, culturels) sans y associer les citoyens. »1 aussi les règles d’une démocratie participative doivent s’exercer. La prise en compte des préoccupations, des ressentis et des valeurs exprimés par la population locale doit être le socle du développement et de l’aménagement d’un territoire devenant ainsi oeuvre collective. L’enquête sur les aspirations de la population locale, le diagnostic des déséquilibres, des anomalies discriminantes sur une zone géographique ou une population, doivent constituer la phase initiale de toute action métropolitaine d’envergure. Secondairement, de façon pertinente et structurée, les aspirations seront traduites et les anomalies corrigées dans différents projets discutés, amendés, voire refusés par la population.
De nos jours, les techniques de l’information et de la communication numérique (TIC) permettent une démocratie participative véritable et une co-construction citoyenne avec efficience, dans des délais raisonnables.

Créer une dynamique fondée sur la solidarité et une conscience collective identitaire

L’identité métropolitaine n’existe pas car la délimitation du territoire métropolitain fut une décision purement politico-administrative, sans participation de la population. Les processus de démocratie participative, en développant la capacités des habitants à décider et à faire émerger des « biens communs territoriaux », peuvent participer à mettre en place une identité réelle et non uniquement juridique et virtuelle. La réappropriation des territoires par ses habitants, associée à une co-gestion et l’appui logistique des autorités administratives et des élus, permettrait de créer une dynamique fondée sur la solidarité et une conscience collective identitaire. Obligeant au dialogue et aux compromis, elle atténue l’influence des idéologies et des différences socio-culturelles potentiellement conflictuelles. Dans la métropole, une politique non élitiste des communs urbains produira de la mixité sociale et réduira l’anonymat, l’indifférence, l’individualisme et l’entre-soi propres aux styles de vie citadins modernes.

Un choix judicieux de ces biens communs métropolitains est impératif

Il est relativement facile de comprendre qu’une friche industrielle, qu’un terrain vague, qu’un bâtiment désaffecté puisse être gérer par un collectif organisé et ainsi baptisé « bien commun », avec la bienveillante approbation, voire l’aide financière des institutions officielles. Pour autant, ces modèles isolés ont-ils des chances de réduire les risques de désintégration et d’exclusion sociale qui frappent les métropoles ? Ne risque-t-on pas de fragmenter un peu plus le territoire métropolitain ? Un choix judicieux de ces biens communs métropolitains est impératif.
Afin de les définir, il peut être envisagé de réunir des historiens, des urbanistes, des géographes, des sociologues, des économistes locaux et extérieurs qui proposeront une liste de biens communs métropolitains rassembleurs. La population choisira dans cette liste ceux qu’elle souhaite s’approprier…

Expérimenter notre bien commun ligérien

La métropole orléanaise possède un bien commun historique avec Jeanne d’Arc et géographique avec la Loire. Avec ses connotations religieuses, sa récupération politicienne et l’exaltation de l’histoire guerrière, les fêtes de Jeanne d’Arc ne favorisent pas le vivre ensemble et ne peuvent porter un projet fédérateur pour l’avenir. Avec son fleuve, la métropole orléanaise possède un authentique « bien commun territorial » dépolitisé. La mise en valeur de la Loire, sa protection, son aménagement devrait pouvoir réunir toute la population métropolitaine dans un objectif collectif consensuel.
Même si l’expérience de budget participatif de la ville Porto Alegre ait progressivement perdu de son importance, il peut être un modèle de démocratie participative à reproduire. Pourquoi ne pas expérimenter notre bien commun ligérien afin de concevoir un projet métropolitain rassembleur original ?

 Jean Paul Briand

 

(1) SUEUR J.P. 2011 Villes du futur, futur des villes – Tome1 p.177

SUITE DU DOSSIER

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Les Biens Communs

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