Simone VEIL au Panthéon   par Evelyne Richard

Vivre était un mérite, un Devoir
Simone Veil n’était pas une féministe, mais une militante des droits de la Femme. Son chemin a été long et difficile. Il a croisé tous les opposants et opposantes de toute nature : religieuse, morale, idéologique, politique… Simone Veil a franchi tous les caps de l’antiféminisme, de l’antisémitisme : Droite, solide et juste. Elle était déjà revenue de tout. Plus encore, son engagement dans sa vie personnelle et familiale, son travail, ses choix politiques, et ses exigences sur le comportement et la morale, étaient pour elle la preuve d’être en vie, et le gage d’amour envers tous ceux qu’elle a perdu. Pour Simone Veil : Vivre était un mérite, un Devoir. Simone Veil s’applique sans concession, avec courage et dignité, tous les principes et les préceptes de sa propre exigence : Etre exemplaire aux yeux de tous et surtout de ceux qui sont disparus : Comme une victoire sur le nazisme et comme une chaîne d’Espoir entre toutes les femmes et les hommes qui forment l’Humanité.

Un numéro jamais effacé
« Le matin, la première opération c’était le tatouage. Cela donnait l’impression d’une chose irrémédiable. Devenir un numéro, je crois que c’est le premier évènement qui a donné à penser que ce n’était pas simplement l’envoi dans un camp de travail, une déportation ordinaire…. » se rappelle Simone Veil. Son numéro de matricule tatoué sur le bras gauche et gravé sur son épée de l’Académie Française restera son intime blessure, sa profonde douleur et son plus grand tourment, mais aussi la marque de sa survie. Un numéro jamais effacé : Simone a décidé d’affronter le souvenir. La tragédie est indélébile. Survivante de la déportation dans les camps d’Auschwitz-Birkenau, Mauthausen et Bergen-Belsen, Simone Veil a connu la marche de la mort et a traversé toutes les pires épreuves de la vie. Jamais, elle n’oubliera ! : « J’ai le sentiment que le jour où je mourrai, c’est à la Shoah que je penserai » Elle sera présidente d’honneur de la Fondation pour la mémoire de la shoah et elle œuvrera sans cesse et avec énergie pour que la réalité du génocide demeure et s’inscrive dans la mémoire et l’histoire de notre Nation.

Légaliser l’avortement
L’histoire retiendra sa lutte pour la dépénalisation de l’avortement. C’est avec conviction et détermination qu’elle mènera un véritable combat : trois jours de débat à l’Assemblé Nationale durant lesquels elle fera face aux intimidations, aux menaces et aux violences psychologiques. Trois jours d’épreuve… Le 26 novembre 1974, Simone Veil, Ministre de la Santé, monte à la tribune : « Je voudrais tout d’abord vous faire partager une conviction de femme. Je m’excuse de le faire devant cette Assemblée presque exclusivement composée d’hommes : aucune femme ne recourt de gaieté de cœur à l’avortement. Il suffit d’écouter les femmes. C’est toujours un drame et cela restera toujours un drame ! » Le contexte est vraiment difficile et elle choisit la stratégie d’un texte argumentaire et d’un discours technique sur trois points :
Le texte de loi sera immédiatement applicable (pas de demi-mesure, pas de temps de latence).
Le fond portera sur l’idée de dissuader les femmes de l’usage banalisé de l’avortement.
L’idée principale de la loi sera la protection des femmes tant sur le plan légal, le plan moral que le plan médical.
Le tout sur un fondement de principe : « Ce qu’il faut, c’est que cette responsabilité, la femme ne l’exerce pas dans la solitude ou dans l’angoisse ». En 1974, le contexte est spécifique : Notre société s’inscrivait à la fois dans la libération des mœurs post-68 et en même temps subissait un grand contrôle moral dans les pratiques médicales et les applications de la loi. L’idée même des droits des femmes n’était pas encore acquise, les combats féministes étaient rudes et l’avortement qui était un délit, était aussi un danger. Simone Veil choisit l’approche de la réforme politique sur le plan de la Santé Publique (incluse la voie médicale), en tant que ministre de la santé, et la carte de la sensibilité et de la compassion pour arriver à ses fins. Certaines féministes plus radicales lui reprochèrent ; d’autres plus politiques et peut-être plus aiguisées dans les enjeux d’un tel passage obligé, étaient acquises à sa cause. A l’époque, le courant féministe était partagé : Il ne faut pas l’oublier ! Légaliser l’avortement relève bien à la fois du droit et de l’acte médical.

Présidente du premier parlement européen
Simone Veil a ouvert la voie des droits des femmes à une nouvelle société, elle a aussi contribué fortement à la construction de l’Europe. Européenne convaincue, en tant que députée européenne, Simone Veil est élue Présidente du premier parlement européen : tout était à faire et tout était à inventer. Elle savait que la construction était fragile, mais sa détermination et son discernement ont contribué à la solidité de l’édifice : elle y a défendu les positions fédéralistes et supranationales, toujours au service de la paix. Elle a largement contribué au renforcement des pouvoirs de cette institution. « Qu’une ancienne déportée accède à la présidence du nouveau parlement de Strasbourg me paraissait de bon augure ! » disait-elle. Aujourd’hui, elle est considérée comme l’une des promotrices de la réconciliation franco-allemande.
De 1993 à 1995, Simone Veil est ministre d’État, ministre des Affaires sociales, de la Santé et de la Ville, « numéro deux » du gouvernement Édouard Balladur, puis siège au Conseil Constitutionnel de 1998 à 2007. En 2008, elle est élue à l’Académie Française.

La reconnaissance d’un parcours de vie
Simone Veil, une femme au destin si fort et si riche, humaniste convaincue, a su imposer le droit à l’avortement, a œuvré pour le devoir de mémoire et a mené jusqu’au bout de sa vie son ultime combat pour que la paix règne au sein de l’Europe ! La reconnaissance d’un parcours de vie pour la mémoire de la Shoah, au service des droits des femmes et la construction européenne. Avec son époux, Antoine Veil, pour toujours auprès d’elle, le 1er juillet 2018, Simone Veil fera son entrée au Panthéon comme une Dignité républicaine et un Respect de l’Humanité pour une femme d’engagement, si déterminée et si courageuse.
Sur son épée d’académicienne, en plus de son numéro de matricule, figurait les devises de la République française et de l’Union européenne : « Liberté, Égalité, Fraternité » et « In varietate concordia ».

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